Aire protégée du lac Kénogami: la contamination de l’eau potable rejetée

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Les promoteurs d’une aire protégée du lac Kénogami soulèvent le risque de contamination de l’eau potable de Saguenay par du mercure et autres métaux lourds pour justifier l’arrêt des opérations forestières dans le bassin versant sud. Or, il n’existe aucun fondement scientifique pour appuyer cet argument, selon le chercheur Pascal Sirois.

La semaine dernière, lors du colloque organisé par les villégiateurs, le mot « mercure » a été prononcé à plusieurs reprises. Les opérations forestières pourraient provoquer, selon ce qu’ils avancent, une concentration de mercure dans les cours d’eau jusqu’aux stations de captation d’eau potable de Chicoutimi et de Jonquière.

Le représentant d’Action Boréale, Yvan Croteau, qui participait à l’événement par visioconférence, est allé plus loin. « Le gouvernement ontarien a fait une étude, mais on n’en sait pas plus », a-t-il évoqué.

Le directeur de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Pascal Sirois, a étudié très spécifiquement l’impact des opérations forestières sur la qualité de l’eau d’un bassin versant, dans une situation de coupes forestières avec protection de la régénération, comprenant la protection des bandes riveraines.

« L’histoire du mercure tire sa source d’une étude réalisée il y a longtemps, à la suite d’un feu de forêt qui avait complètement ravagé un bassin versant. On parle de pratiquement 100 % de destruction. On avait constaté une augmentation du mercure de façon temporaire avec un retour à une situation naturelle », explique le chercheur.

« Dans un contexte où on conserve les bandes riveraines avec une récolte moins importante que 50 % de la superficie globale du bassin versant, il n’existe aucune étude qui démontre qu’il y a une augmentation de la concentration de mercure à la suite de l’écoulement au sol », précise le chercheur.

l’exemple d’alma

Il existe dans la région un réseau d’aqueducs qui s’approvisionne dans le bassin versant sur lequel on retrouve la plus importante concentration d’opérations forestières du Québec. Il s’agit de la prise d’eau de la Ville d’Alma située dans la rivière Grande Décharge, laquelle est l’exutoire principal de tout le bassin versant du lac Saint-Jean.

L’eau du réseau d’Alma provient des chantiers forestiers permanents situés le long des rivières Péribonka, Mistassini, Ashuapmushuan et Métabetchouane.

Chaque année, en fonction des règles du ministère de l’Environnement, la Ville doit effectuer des analyses sur la composition chimique de l’eau qu’elle distribue dans son réseau municipal. Selon la directrice du Service des travaux publics, Karine Morel, les analyses n’ont jamais permis de détecter la présence de mercure ou d’autres métaux lourds dépassant les normes du gouvernement.

« La norme pour le mercure est de 0,001 microgramme par litre d’eau. Le seuil de détection est de 0,0002 microgramme par litre d’eau. Nous n’atteignons pas le seuil de détection dans nos tests », a-t-elle affirmé.

Les tests obligatoires réalisés par Alma, selon les paramètres du gouvernement du Québec, permettent de faire la lecture sur la présence de 19 substances inorganiques comprenant des métaux lourds. Les résultats des tests indiquent que les opérations forestières réalisées dans le bassin versant ne libèrent pas d’autres métaux lourds, comme le laissaient entendre certains intervenants.

En effet, les opposants affirment que les entreprises utilisent des équipements dont le poids est de 50 tonnes et causent ainsi des dommages majeurs au sol, jusqu’à libérer des métaux lourds qui se retrouvent dans l’eau potable. Le Quotidien a consulté les fiches techniques des abatteuses finlandaise Ponsse et canadienne Eltec. Le poids de ces deux abatteuses est respectivement de 22 et 30 tonnes. Le transporteur a sensiblement le même poids que l’abatteuse Ponsse.