Un Airbus A380 fait une démonstration lors du Salon international de l'aéronautique et de l'espace de Paris-Le Bourget, en juin 2015.

Airbus-Bombardier: au nom des emplois, plaide Couillard

C’est au nom de la préservation et de la création d’emplois que Philippe Couillard cautionne la prise de contrôle de la Série C de Bombardier par Airbus.

Le gouvernement du Québec «est intervenu avant tout pour les travailleurs» du secteur de l’aéronautique, a dit le premier ministre mardi.

M. Couillard estime que les chances de l’État québécois — et, à travers lui, des citoyens — de récupérer l’investissement de 1,3 milliard$ effectué il y a 18 mois dans la Série C sont plus élevées aujourd’hui qu’avant la conclusion de ce «partenariat».

Elles dépendent du nombre d’appareils vendus. Or, il s’en vendra plus grâce à Airbus, a-t-il fait valoir.

Les ventes «étaient difficiles depuis quelques mois». Là, «notre fleuron va voler partout dans le monde».

Il n’y avait pas d’autres avenues, a-t-il indiqué. «On aurait pu rajouter un milliard, deux milliards dans la Série C; ça n’aurait rien changé. Il fallait trouver un partenaire stratégique.»

M. Couillard a tenu à préciser que la chaîne de montage aux États-Unis sera consacrée aux ventes américaines, mais que le gros des débouchés se trouve ailleurs dans le monde. C’est sur ces autres marchés que les travailleurs québécois — désormais «protégés jusqu’en 2041» — oeuvreront.

Lisée, Legault et Khadir, tous virulents

Les ténors des partis d’opposition se sont étranglés devant ce qu’ils considèrent comme le don d’un fleuron à un concurrent étranger, un géant qui en fera ce qu’il voudra.

«Je ne le prends pas que le premier ministre du Québec ait accepté de cautionner une telle entente», s’est exclamé le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée. Airbus, selon lui, pillera «la technologie qu’on a inventée ici».

Pour M. Lisée, il y a un «péché originel» dans ce «fiasco». Il réside dans le fait que l’injection de 1,3 milliard$ du gouvernement québécois s’est faite dans une coentreprise formée autour de la Série C, plutôt que dans l’ensemble du grand conglomérat de Bombardier.

Philippe Couillard «a perdu le contrôle du plus beau produit du génie québécois». Qui plus est, en échange de «zéro dollar, zéro euro, zéro kopeck».

Le chef péquiste ne croit pas que les garanties données au Québec survivent au temps.

«Mainmise»

Son homologue caquiste, François Legault, a dénoncé «la mainmise d’Airbus sur la Série C». Philippe Couillard a misé 1,3 milliard$ et il a perdu, a-t-il assené.

«Si j’étais lui, je serais en tabarnouche. Le Québec a perdu le contrôle total de la Série C.»

Airbus finira par détenir 100% du projet. «1,3 milliard$ pour 2000 emplois, c’est 650 000$ par emploi», a calculé le caquiste en cherchant à enfoncer le clou.

M. Legault a dit espérer que le gouvernement libéral en paie le prix aux élections générales. Pour l’heure, il en appelle à la Vérificatrice générale pour évaluer la valeur réelle actuelle et à venir de l’investissement de Québec. Il est important que les Québécois connaissent la perte encaissée, a-t-il argué.

«Désespoir»

Pour le solidaire Amir Khadir, la situation découle avant tout de «décisions désastreuses des dirigeants incompétents de Bombardier». La première faute leur incombe.

Il pointe ensuite la décision selon lui «mal avisée» du gouvernement Couillard d’investir dans le seul programme de la Série C.

À ses yeux, le «un milliard US» que le Québec a investi permet aujourd’hui à Donald Trump de gagner la partie, puisque des emplois seront créés en Alabama. Les accords de libre-échange sont des jeux de dupes, a-t-il tenu à dire.

À propos de l’appui du syndicat des travailleurs de Bombardier à l’entente, M. Khadir a eu ce mot : «Le désespoir mène à beaucoup de choses.»