Le professeur de l’UQAC, Jacques Cherblanc, réfléchit au sens à donner à la mort, à l’heure de l’aide médicale à mourir.

Aide médicale à mourir: 2,4% des décès au Saguenay-Lac-Saint-Jean

En 2019, un décès sur 41 au Saguenay–Lac-Saint-Jean surviendra dans le cadre de l’aide médicale à mourir, selon les statistiques du Groupe interdisciplinaire de soutien (GIS), un organisme qui offre de l’encadrement aux professionnels de la santé qui administrent ce soin de fin de vie.

Le coordonnateur du GIS régional, le docteur Jean Mathieu, estime qu’un certain plateau a été atteint. Le pourcentage de décès lié à l’aide médicale à mourir a progressé lentement dans les dernières années, passant de 0,7 % en 2017, à 1,8 % en 2018, à 2,4 % 2019 dans la région. Ces chiffres se comparent avec ceux des autres pays qui encadrent cette manière de mettre fin à ses jours.

Proportionnellement, le Saguenay–Lac-Saint-Jean est une des régions où l’on administre le moins l’aide médicale à mourir. On compte annuellement 13 cas pour chaque 100 000 habitants. « Au Québec, la proportion va du simple au triple », a précisé Jean Mathieu, sans toutefois pouvoir expliquer pourquoi.

D’un point de vue statistique, 80 % des personnes qui se prévalent du droit de mettre fin à leurs jours ont plus de 60 ans. Le même pourcentage de personnes qui obtiennent cette aide ont un pronostic de vie de moins de trois mois. La maladie la plus fréquente chez ceux qui demandent l’aide médicale à mourir est le cancer, qui frappe 60 % d’entre eux.

Le docteur Mathieu était l’invité de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), qui organisait un colloque sur cette question jeudi et vendredi. Intitulé Sens et non-sens : la mort à l’heure de l’Aide médicale à mourir, ce colloque provincial donnait la parole à différents intervenants du monde de la santé et à des universitaires, à l’heure où le jugement Beaudoin a statué qu’une personne pouvait demander l’aide même si sa mort n’était pas « raisonnablement prévisible ».

Dignité

En dehors des chiffres, l’aide médicale à mourir est encore entourée de zones grises et la morale de ceux qui la pratiquent est souvent mise à l’épreuve. Le docteur Jean Mathieu a souligné dans sa conférence que la médecine arrivait à bien contrôler la douleur physique, mais que la détresse et la souffrance psychique étaient plus dures à soigner.

« On réalise avec l’usage que la majorité des patients qui font une demande d’aide médicale à mourir invoque beaucoup plus les souffrances psychiques que les souffrances physiques », a admis le neurologue. La perte de dignité et de contrôle de soi est la raison principale pour demander l’aide à mourir.

« Un de mes patients qui avait une sclérose latérale amyotrophique en phase très avancée est arrivé dans mon bureau un jour, alors qu’il était en train de perdre l’usage de ses jambes et de ses bras, et m’a dit : ‘‘Quand je ne serai plus capable de me torcher, je veux que ça finisse.’’ Dans ses mots, il m’exprimait la perte d’autonomie, la perte de dignité », a illustré Jean Mathieu.

Un sens à la mort

De manière plus générale, le colloque voulait réfléchir au sens que nous donnons à la mort, maintenant qu’elle peut être administrée par du personnel médical. Le professeur du l’UQAC et organisateur du colloque, Jacques Cherblanc, a indiqué que l’aide médicale à mourir comporte une part certaine de spiritualité.

« On se rend compte, sur le terrain, que les gens ont besoin de donner un sens à cet acte, qui sinon aurait une violence symbolique inouïe. La spiritualité, mais pas la religion, revient. L’acte soulève des questions existentielles. Est-ce que c’est tolérable ? Est-ce que c’est ça, vivre ? Est-ce que la mort est la seule solution ? », a affirmé M. Cherblanc.