Agressions sexuelles: les victimes dénoncent plus rapidement

Les rôles de comparution des palais de justice affichent plusieurs dossiers d’agressions sexuelles chaque semaine ; les tribunaux condamnent régulièrement des agresseurs. Mais y a-t-il plus de cas aujourd’hui qu’à une autre époque ?

Les avis sont partagés. Si le nombre de cas semble de plus en plus grand, cela s’expliquerait par le fait que la population ne cesse d’augmenter au fil des années et parce que les victimes dénoncent davantage et plus rapidement qu’à une certaine époque.

Le juge Pierre Lortie, de la Cour du Québec, a d’ailleurs entendu deux dossiers de viols, de grossière indécence et d’attentat à la pudeur au cours des deux derniers jours. Des événements qui ont eu lieu dans les années 60 et 70.

« Il y a peut-être plus de cas au tribunal, mais je ne crois pas qu’il y a plus d’agressions sexuelles aujourd’hui qu’à l’époque. Au contraire. Les agresseurs ont tellement peur d’être dénoncés, qu’ils gardent les mains dans leur culotte. Et il ne faut pas oublier que la dénonciation n’existait pas il y a 30, 40 ou 50 ans », lance le criminaliste Jean-Marc Fradette.

Les avocats consultés, tant au bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) qu’à la défense, n’hésitent pas à dire que le mouvement #MeToo et les affaires de Guy Cloutier (sur Nathalie Simard) en 2005 et, plus récemment, de Gilbert Rozon et d’Éric Salvail ont probablement contribué à une dénonciation à plus grande échelle.

« Aujourd’hui, dès qu’il y a une agression, les gens dénoncent. Pour d’autres, ça se fait des années plus tard parce que les victimes ont maintenant le courage de le faire. Les policiers demandent aux victimes pour quelles raisons elles portent plainte 20 ou 30 ans plus tard, et plusieurs parlent du phénomène #MeToo », soutient Me Fradette, qui représente les intérêts de plusieurs accusés.

Son homologue de la défense, Me Charles Cantin, voit les choses du même oeil. Il estime qu’il n’y a pas plus d’agressions ou d’attouchements sexuels depuis quelques années qu’il y en avait auparavant.

« Je ne crois pas qu’il y ait plus d’agressions sexuelles, toute proportion gardée, avec le nombre de personnes, aujourd’hui qu’il y en avait à l’époque. La différence, c’est que les gens dénoncent de plus en plus. J’ai l’impression que nous assistons à une dénonciation plus massive depuis l’arrivée et la popularité des réseaux sociaux », de dire Me Cantin.

À la Couronne, Me Mélanie Paré abonde dans le même sens et croit que les effets Cloutier, Rozon, Salvail et #MeToo ont contribué à la dénonciation.

« Mais il y a plus que cela. Plusieurs personnes attendent le décès des parents ou des grands-parents pour dénoncer les abus commis par un oncle, un cousin ou le grand-père. En plus, les gens en parlent beaucoup et dénoncent davantage », estime Me Paré.

Me Olivier Théorêt, de l’Aide juridique, remarque aussi que les crimes d’époque apparaissent à la suite du décès des parents ou des grands-parents.

« Ça ne se parlait pas il y a 40 ou 50 ans. Il y avait de grandes familles, et l’éducation sexuelle était limitée. Il y a eu plusieurs cas d’agressions, mais les gens n’osaient pas parler. Il n’était pas question de dénoncer. Mais aujourd’hui, les choses ont changé et ils le font plus », de dire Me Théorêt.