Yves-François Blanchet a décrié le manque de transparence du gouvernement fédéral quant à l’avenir de la ferme expérimentale de Normandin.
Yves-François Blanchet a décrié le manque de transparence du gouvernement fédéral quant à l’avenir de la ferme expérimentale de Normandin.

Accès refusé à la Ferme expérimentale de Normandin pour les députés du Bloc québécois

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Le ministère Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) a refusé l’accès à quatre députés du Bloc Québécois, dont Yves-François Blanchet, qui souhaitaient faire la visite de la Ferme expérimentale de Normandin. Selon le chef du Bloc québécois, cet incident, combiné au manque d’information sur l’avenir du centre de recherche, fait preuve d’un grand manque de transparence du gouvernement.

Dans les années 1990 et 2000, la Ferme expérimentale de Normandin faisait des journées portes ouvertes pour faire connaître les résultats de ses projets de recherche à la population, attirant des centaines de personnes sur le site, se souvient Mario Fortin, le maire de Normandin, qui a été gestionnaire des installations jusqu’en 2012. « Les employées et les chercheurs étaient fiers de montrer le travail qu’ils faisaient dans les champs, mais aujourd’hui, on n’a plus ça. »

Selon ce dernier, le changement de cap a commencé à se faire sentir au début des années 2010 et la tendance s’est poursuivie après son départ, si bien qu’aujourd’hui, les portes sont closes même pour les députés de la Chambre des communes, au plus grand désarroi d’Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois, qui voulait visiter le site pour mieux connaître la réalité du centre de recherche.

« Plusieurs agriculteurs ont soulevé des inquiétudes réelles et je voulais aller voir ça », a-t-il commenté. Mais la demande du Bloc québécois faite au ministère et au sous-ministre de AAC pour visiter la ferme expérimentale a essuyé un refus. Le ministère a répondu que la ministre, ou son secrétaire parlementaire doivent être présents sur les lieux pour faire une telle visite.

« Les parlementaires de la Chambre des communes sont les gens qui votent le budget du gouvernement fédéral, et c’est le gouvernement qui dépense les sommes dans certains postes financiers, incluant les centres de recherche », a expliqué Yves-François Blanchet, qui souhaite une plus grande transparence du gouvernement fédéral envers les députés des autres partis, mais aussi envers la population. Tel est le message qu’il a lancé, mardi, lors d’une conférence de presse tenue devant la Ferme expérimentale de Normandin.

Ce manque d’ouverture aux parlementaires ne date pas d’hier, car Denis Lebel s’est buté au même problème par le passé, souligne Mario Fortin. Pour contourner le problème, il s’est un jour rendu directement sur les lieux… et on lui a offert une visite.

Le chef du Bloc québécois ajoute qu’il ne s’inquiète pas pour l’avenir de la ferme expérimentale, mais il estime que le gouvernement devrait être plus ouvert quant aux activités de recherche et au recrutement. « Le mandat de la ferme est plus ou moins en révision et le mandat du chercheur qui sera remplacé n’est pas encore établi », a-t-il soutenu, soulignant que le manque de vision d’avenir suscite des inquiétudes chez les agriculteurs.

Alexandre Bernier, le président du Centre régional des jeunes agriculteurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean, a lancé un cri du coeur, soulignant l’importance de la recherche pour développer de nouveaux cultivars nordiques, comme l’a fait la ferme expérimentale avec le canola.

Alexandre Bernier, le président du Centre régional des jeunes agriculteurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean, fait partie de ces agriculteurs inquiets. « C’est ici que la culture nordique du canola a été adaptée, et les agriculteurs ont su se démarquer avec la culture du canola dans la région », a-t-il donné en exemple, soulignant que le centre de recherche représente une partie de son avenir. Spécialisée dans les recherches sur l’agriculture nordique, la ferme expérimentale permet de développer des cultivars adaptés aux conditions de la région, ce qui permet aux agriculteurs d’être plus compétitifs sur les marchés, a-t-il ajouté. Bien qu’il ait pu visiter la ferme expérimentale au cours des dernières années lors d’une visite organisée avec Nutrinor, Alexandre Bernier déplore toutefois le manque d’ouverture du centre de recherche, qui restreint l’accès au site, même pour les agriculteurs.

« Chaque fois que l’on visite une ferme, les agriculteurs nous parlent de la ferme expérimentale de Normandin, remarque pour sa part Alexis Brunelle-Duceppe. C’est pour eux qu’on fait ça. »

Un des trois chercheurs permanents de la Ferme expérimentale de Normandin a annoncé sa retraite et il sera remplacé au cours des prochains mois, assure l’AAC. Pour l’instant, le mandat du chercheur n’est pas connu et l’AAC a réalisé des sondages auprès des intervenants du milieu pour mieux connaître leurs besoins.

Selon Yves-François Blanchet, la recherche et la science sont des outils indispensables pour permettre aux agriculteurs de se démarquer sur les marchés et pour s’adapter aux changements climatiques.

Mario Fortin, le maire de Normandin, a été gestionnaire des installations de la ferme expérimentale jusqu’en 2012, une époque où les visiteurs étaient les bienvenus sur le site.