Carol Boily s’intéresse à l’immigration depuis 1995. Il a complété une maîtrise en administration publique sur les problématiques d’intégration pour les municipalités à la fin des années 2000 et a travaillé à mettre en place le Service d’immigration d’affaires à Promotion Saguenay.

Abolition du Service d’immigration d’affaires: au mauvais moment

L’un des instigateurs du Service d’immigration d’affaires à Promotion Saguenay, Carol Boily, sort de sa retraite pour questionner la décision de la Ville de confier cette tâche aux services aux entreprises, alors que le Québec tout entier entre dans une profonde crise de main-d’œuvre.

D’entrée de jeu, Carol Boily, qui a pris sa retraite il y a un an, précise qu’il n’est aucunement dans ses intentions de critiquer la mairesse Josée Néron. Sa sortie s’inscrit plus dans une tentative de convaincre les élus et la population que le moment est mal choisi pour mettre la hache dans un service qui commence à donner des résultats, et qui serait devenu une nécessité avec l’arrivée d’immigrants travailleurs dans les entreprises.

Carol Boily admet que les personnes qui ne sont pas au fait de tout ce qu’implique l’accueil des immigrants peuvent juger que les résultats en terme de quantité étaient minces avec 11 familles depuis 2016, quatre sur le point d’arriver et quatre autres prévues pour 2019.

« L’immigration est un domaine qui nécessite un grand réseau de contacts basé sur la confiance. Saguenay a perdu 13 ans entre 2005 et 2018. On commençait à avoir un résultat et on décide de fermer le service. J’ai beaucoup de respect pour les gens du service aux entreprises, mais ils demandaient notre aide pour accompagner des immigrants. Ils ne détiennent pas le savoir-faire nécessaire pour encadrer adéquatement les immigrants », affirme Carol Boily.

Le service de Promotion Saguenay avait réussi à développer un réseau administratif et légal pour être en mesure d’accueillir des immigrants et de faire en sorte qu’ils puissent entreprendre une nouvelle vie et demeurer en région. Quant aux coûts du service, M. Boily explique qu’il n’y avait que le salaire de Sereyrath Srin : « Il n’y avait pas de voyage à l’étranger. On travaillait par Internet avec des entrevues sur le réseau Skype pour vendre Saguenay aux immigrants d’affaires. Ce n’est rien comme investissement si l’on considère que l’arrivée d’une nouvelle famille d’immigrants d’affaires à Saguenay représente des retombées économiques de l’ordre de 650 000 $ par année selon les évaluations du gouvernement. »

Stratégie
Le Service d’immigration d’affaires de Promotion Saguenay avait de plus développé une stratégie unique au Québec pour réussir à intéresser des investisseurs étrangers. Les Asiatiques nantis choisissent automatiquement Montréal puisque le programme oblige le candidat à geler pendant cinq ans des sommes considérables dans un compte bancaire.

« Nous avons décidé d’intéresser une clientèle détenant des avoirs de 500 000 $ et plus. De les faire venir en tant qu’étudiants afin de leur donner le temps de vendre leur entreprise dans leur pays et de s’intégrer ici via cette formule. Il est difficile de demander à des gens qui ont des actifs de 1,5 M $ de les déposer dans un compte de banque. Il ne leur restera rien pour investir ici », reprend Carol Boily.

Il y a de plus des considérations éthiques pour Saguenay. La Ville affiche sur son site officiel un service d’aide aux immigrants d’affaires. Certains ont déjà débuté des démarches et même vendu une entreprise. Aujourd’hui, la personne avec laquelle elles avaient un lien a disparu et rien n’assure que celles qui la remplaceront auront autant d’expertise pour les supporter dans un moment aussi important de leur vie, croit M. Boily.

Les entreprises risquent de vivre des moments difficiles alors qu’elles tentent de faire venir des travailleurs étrangers pour combler les besoins de main-d’œuvre. Carol Boily juge qu’il aurait été visionnaire de prévoir un service pour les aider à adapter leur culture d’entreprise à cette réalité. Les entrepreneurs vont rapidement constater que ça prend un suivi qui dépasse le simple cadre du travail.

Carol Boily sait qu’on va lui reprocher d’être un ancien de Promotion Saguenay qui a des liens politiques avec l’ancienne administration. Au-delà de ces considérations qu’il écarte, il rappelle que Saguenay met la hache dans un service d’immigration alors que tout le Québec plonge dans une crise historique pour laquelle l’immigration constitue une partie de la solution.

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« CE N'EST PAS LE SERVICE QUI EST ABOLI, C'EST LE POSTE »

En dépit du récent licenciement de Sereyrath Srin parce que, selon la Ville, « le travail ne justifiait pas une ressource à temps plein », Saguenay assure que tout sera mis en œuvre pour mousser l’immigration d’affaires et pour faciliter l’intégration de nouveaux arrivants chez nous.

Attachée politique de la mairesse Josée Néron, Cindy Girard rappelle que la tâche qui incombait à M. Srin, relative au démarchage lié à l’immigration d’affaires, a été transférée aux services aux entreprises de Promotion Saguenay. Dirigé par Claudia Fortin, ce département détient, selon l’administration municipale, le savoir-faire et les ressources nécessaires pour prendre ce type de dossier en charge. 

« Ce n’est pas le service d’immigration d’affaires qui est aboli, c’est le poste », a précisé Cindy Girard, au cours d’un entretien téléphonique. 

Quant aux immigrants qui ne viennent pas à Saguenay par affaires, la Ville annonce qu’elle a embauché, en juin dernier, une nouvelle ressource qui agira à temps plein dans ce secteur et qui sera « très présente sur le terrain ». Il s’agit d’une personne elle-même issue de l’immigration, dont l’embauche, le 18 juin dernier, a été rendue possible grâce à l’obtention d’une subvention de 125 000 $ accordée par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec (MIDI). Cette employée est déjà en poste et active sur le terrain. Une cinquantaine d’organismes ont déjà été rencontrés. Elle sera sur la liste de paie de la Ville et non sur celle de Promotion Saguenay.

Son principal mandat, au cours du contrat d’une durée initiale d’un an, sera de travailler au développement d’un plan d’action en matière d’immigration.

« On a une politique officielle, mais on n’a pas de plan d’action pour la mettre en œuvre. Ça va faire partie du rôle de la personne qu’on a engagée », explique Cindy Girard, qui insiste sur le fait qu’aucun immigrant, qu’il choisisse de venir à Saguenay pour des raisons professionnelles ou non, ne sera laissé à lui-même. (MÉLYSSA GAGNON)