Christian Awashish

Abolir les réserves n'est pas la solution, croit le chef Awashish

Abolir les réserves n'est pas la solution pour régler tous les problèmes vécus dans les communautés comme Opitciwan (Obedjiwan).
Le chef Christian Awashish ne voit pas l'utilité et la pertinence de cette solution proposée par le coroner Bernard Lefrançois en réaction à une vague de suicides survenue en 2015 dans la communauté d'Uashat Mak Mani-Utenam, près de Sept-Îles.
« Nous n'avons pas la même réalité que certaines de ces communautés. Nous ne sommes pas enclavés ici, à Opitciwan. Nous sommes au coeur de la forêt et les villes et villages sont très loin. Nous sommes isolés , mais pas désoeuvrés », lance-t-il.
Un des avantages d'Opiticiwan est que les gens peuvent facilement se déplacer à leur territoire de chasse et vivre leur style de vie facilement. Ils ne sont pas déracinés.
La problématique se trouve ailleurs, selon Awashish. Il prétend que les gouvernements doivent mettre en place des moyens pour que les réserves puissent obtenir des revenus et soient financés convenablement pour se développer. « C'est une question très complexe. Nous sommes gérés comme un village, mais il nous manque de nombreux services à cause de notre isolement et de notre statut. Ça ne changerait rien si nous n'étions plus une réserve. Il nous faut plus d'autonomie. Nous n'avons pas de marge de manoeuvre et devons composer avec des budgets serrés », mentionne-t-il.
Il donne l'exemple du service Internet et cellulaire déficient. Depuis plusieurs années, la communauté réclamait de l'argent afin d'obtenir une technologie qui permet d'obtenir un service fiable et rapide. Un investissement de 8 M $ pour l'implantation de la fibre optique sera fait cette année.
Christian Awashish souligne aussi la collecte des ordures qui est compliquée et coûteuse. « Pour une communauté comme Mashteuiatsh, c'est plus simple, car elle travaille en collaboration avec les municipalités voisines, ce que nous ne pouvons pas faire. Ça coûte donc plus cher. »
Route Opitciwan: lente progression
L'amélioration de la route menant à Opitciwan avance lentement. 
Le chef Awashish aimerait que les travaux se réalisent plus vite, mais se montre satisfait de ce qui a été fait jusqu'à maintenant. «Des travaux sur un tronçon de deux kilomètres ont été réalisés pour être plus en ligne droite et éviter des courbes dangereuses. Pour cette année, on ne prévoit que refaire deux ponceaux. Nous pensions que l'autre secteur problématique, long de trois kilomètres, serait fait en 2017, mais ça ne semble pas le cas», mentionne-t-il.
Il attend d'avoir des discussions prochainement avec le ministère des Transports pour connaître le calendrier de réalisation.
Pour ce qui est de l'entretien, la communauté compose avec les budgets qu'elle reçoit. 
«Nous avons eu quelques plaintes cet hiver. Comme la route est longue, il faut bien planifier le déneigement pour arriver dans nos budgets. On fait de notre mieux. En été, on fait le nivelage selon un calendrier précis et toujours avec les budgets que nous avons».
Des résultats positifs après l'expulsion des vendeurs de drogues
Le règlement mis en place par le conseil de bande d'Opitciwan d'expulser les vendeurs de drogues a eu un effet de dissuasion.
C'est ce qu'a constaté le chef Christian Awashish. «On n'a pas encore expulsé personne, mais des gens reconnus pour vendre de la drogue dans la communauté ont décidé d'arrêter. Ça semble fonctionner pour l'instant», a-t-il mentionné.
Trois personnes pourraient toutefois être expulsées prochainement. Avant la période des Fêtes, trois individus ont été arrêtés pour possession et vente de stupéfiants. «Le processus judiciaire se poursuit. Dès que les gens seront condamnés, nous allons appliquer notre réglementation et ils seront exclus de la communauté», assure-t-il.
Ces personnes pourraient donc être expulsées pour une période de cinq ans. Ce règlement avait été accepté dans une proportion de 81% par les gens de la communauté. Le but est d'essayer d'enrayer le fléau de la drogue à Opitciwan. Les ravages causés par la drogue sont importants et la problématique touche même les jeunes qui commencent à un très jeune âge. La présence abondante de drogues de synthèse comme la métamphétamine ajoute aux difficultés.
Le chef Awashish se réjouit de l'effet dissuasif du règlement et espère que la lutte contre la drogue va être un succès. Surtout que le taux de criminalité a baissé en 2016. «C'est une bonne nouvelle, mais il faut continuer à faire de la prévention et avoir un service de police efficace. C'est un défi très important pour notre communauté.»
Même si ce taux a baissé, il faut noter que les actes criminels sont nombreux: près de 500 de toutes natures. De ce nombre, 194 ont été des crimes contre la personne.