Leo-Marc Tremblay, agent de développement, service aux entreprises, au CFP Jonquière, a réussi à attirer une délégation de 37 autochtones de la Côte-Nord.

À la recherche d’un métier et d’un projet de vie

Jessy James, 22 ans, est à la recherche d’un métier et d’un projet de vie. Le jeune innu originaire de Uashat Mak Maliotenam, aux prises avec une dépendance à l’alcool, est sobre depuis un an. Il s’est pris en main et est maintenant cité en exemple par des membres de sa communauté.

Cette semaine, Jessy est de passage à Saguenay, avec d’autres jeunes autochtones de la Côte-Nord qui ont répondu favorablement à l’invitation lancée par le Centre de formation professionnelle (CFP) Jonquière. L’objectif est de leur faire découvrir les programmes offerts, 25 au total, et de leur faire goûter à une expérience concrète grâce à l’activité élève d’un jour. Arrivés lundi, ils reprendront la route mercredi.

Mardi matin, au restaurant-école La Pomme d’Api du Centre Mellon, à Arvida, Jessy James a fait une pause pendant son copieux déjeuner préparé par des étudiants en cuisine pour discuter avec la journaliste du Quotidien. Il a expliqué que lorsque sa mère est décédée, son monde s’est écroulé. Il a sombré dans la toxicomanie et ne croyait pas qu’il pourrait s’en sortir un jour. « Quand ma mère est morte, je suis allé vivre chez ma sœur. Elle m’a mis dehors de chez elle parce que je buvais trop. Ma tante m’a recueilli et elle m’a invité à prendre la voie de la sobriété. J’ai arrêté de boire le 5 octobre 2017 », a-t-il raconté.

Ce changement de cap a été salué par les pairs de Jessy. Il s’est joint au programme Ma première chance, qui a pour but de permettre à des décrocheurs de se trouver une voie. C’est ce que tente de faire Jessy James aujourd’hui. Il ouvre ses horizons et se permet de voir plus loin que le lendemain.

« La charpenterie m’intéresse beaucoup. Si je réussis à avoir les fonds du conseil de bande pour venir étudier ici, j’aimerais vraiment ça. Dans ma communauté, il faut trouver des moyens d’inciter les jeunes à vouloir travailler. Environ 50 pour cent n’ont pas de vie sociale. Il faut les sortir de leurs chambres. Il faut les sortir de leur confort », a lancé le jeune homme.

Jessy James, un jeune décrocheur, croit avoir vaincu l’alcoolisme. Il est à la recherche d’un métier et d’un projet de vie.

Itualiss Picard, 16 ans, ne fait pas partie de la quinzaine de jeunes adultes associés au programme Ma première chance. Il est de la même délégation de Uashat Mak Maliotenam, mais fréquente toujours l’école, en cheminement personnalisé. Itualiss, qui signifie « Le petit Édouard » en innu, aimerait trouver un emploi dans sa communauté, à laquelle il voue un attachement profond. Peut-être comme électricien, qui sait ? C’est du moins le métier qui suscite son intérêt pour l’instant. Ce qu’Itualiss souhaite réellement, c’est avoir la chance de s’exiler un peu, le temps de gagner de l’expérience et de prendre un brin de recul.

« Je veux m’éloigner de la drogue et de l’alcool. Je veux vivre d’autres choses », dit l’adolescent de 16 ans.

Amélie-Ève Ambroise, 15 ans, sera élève d’un jour en pâtisserie, mercredi. Elle aussi veut élargir ses horizons, se trouver une passion.

Remplir un autobus

C’est l’agent de développement à la CS De La Jonquière, Léo-Marc Tremblay, qui a eu pour mandat de remplir un autobus de jeunes autochtones de la Côte-Nord dans le dessein de leur faire découvrir l’offre locale en formation professionnelle. Il ne s’agissait pas d’une mince tâche, puisqu’il lui a fallu convaincre le conseil de bande et les intervenants locaux en éducation d’investir la somme nécessaire au transport et à l’hébergement, environ 6000 $ en tout. Les repas sont fournis par la commission scolaire hôtesse. L’école Manikanetish a été choisie en raison d’une connexion entre le CFP Jonquière et la communauté nord-côtoise.

Un étudiant de Uashat vient tout juste de terminer son cours en plomberie à l’Édifice du Royaume.

Itualiss Picard, un jeune innu de Uashat Mak Maliotenam, est intéressé par le métier d’électricien.

« C’est une façon originale d’aller chercher des élèves, en plein contexte de pénurie de main-d’œuvre. Les façons de faire sont en train de changer en formation professionnelle, avec l’alternance travail-études et les programmes Dual, qui font que 50 pour cent de la formation se fait en entreprise. Il faut s’adapter aux besoins du marché et aussi aller chercher la clientèle là où elle est », signale Léo-Marc Tremblay, qui croit que l’immigration recèle également des possibilités intéressantes en matière de recrutement.

+

DE L'ARGENT EN BANQUE POUR LE CONSEIL DE BANDE

Cette visite d’une délégation de 37 Autochtones, incluant les accompagnateurs, est une première dans les annales de la commission scolaire jonquiéroise. Si tout va comme prévu, il pourrait y avoir une deuxième mouture l’an prochain.

La conseillère en information scolaire et professionnelle au conseil de bande de Uashat Mak Maliotenam, Annie Gauthier, applaudit l’initiative, qui se déroule sur trois jours. 

« Pour les jeunes adultes qui font partie du programme Ma première chance, c’est formidable parce que le fait de venir ici peut vraiment les raccrocher à un projet de vie. Pour les autres jeunes, ça les familiarise avec ce qui est offert en formation professionnelle et ça leur fait aussi vivre l’expérience d’un voyage à l’extérieur de la communauté », a-t-elle mis en relief. 

Deux départements du Conseil de bande – l’Éducation et l’Habitation – se partagent les coûts inhérents à la venue de la délégation en sol jonquiérois. Ils en récolteront les dividendes, de l’avis d’Annie Gauthier, puisque l’Habitation emploie de nombreux jeunes sur la réserve et a grand besoin de relève.