L’exercice militaire s’est déroulé dans un secteur isolé de Larouche, au Saguenay.

À la guerre comme à... Larouche!

CHRONIQUE / Dépourvu de toute expérience militaire, notre journaliste a intégré le Régiment du Saguenay le temps d’un exercice de guerre mené à Larouche en novembre, question de découvrir la réalité de ces hommes et ces femmes prêts à tout pour servir le pays en cas de conflit armé.

Franchement, du plus loin que je puisse me souvenir, jouer à la guerre n’a jamais été aussi exigeant, tant physiquement que mentalement. Il faut que j’avoue qu’entre le fait de s’amuser avec des amis pendant sa jeunesse et participer à un exercice de guerre avec de vrais soldats de la réserve des Forces canadiennes, la comparaison ne tient plus vraiment.

Le samedi 24 novembre dernier, le Régiment du Saguenay m’a invité à joindre ses rangs le temps d’une expédition militaire tout ce qu’il y a de plus réelle dans un secteur isolé au nord-est de Larouche.

L’exercice militaire s’est déroulé dans un secteur isolé de Larouche.

Avant de partir en mission en plein milieu de la nuit de samedi à dimanche, les militaires ont passé une journée et demie à préparer l’opération dans ses moindres détails.

Pour des militaires réservistes qui servent « à temps partiel » et qui ont des métiers civils le reste du temps, les répétitions et les pratiques sont d’autant plus primordiales puisqu’en situation de conflit, ces derniers doivent être autant préparés que les militaires à temps plein des Forces armées canadiennes. 

Pour ma part, j’arrive au manège militaire de Saguenay en début d’après-midi samedi. Les autres y sont depuis le vendredi. Comme j’ai manqué un bout, on me refait le breffage technique de la mission dont le nom de code est « Sapin aguerri ». 

En somme, Larouche devient pour le week-end une ex-république soviétique qui souhaite joindre l’OTAN. Les Forces armées canadiennes sont demandées en renfort pour défendre des positions prises d’assauts par des rebelles.

Équipement

En fin d’après-midi, on me donne mon équipement pour la nuit, des vêtements militaires et mes rations de nourriture. Comme je suis un civil et que je n’ai pas obtenu de formation en maniement d’armes, je ne pourrai pas porter de mitraillette durant l’exercice. En revanche, pour que je vive l’expérience à fond, on me fournit une lunette de vision nocturne pour voir (en vert) ce qui se trame en pleine noirceur. Le poids de l’appareil fixé à mon casque est d’ailleurs ce qui me dérangera le plus au fil de l’expédition. 

Pratiques

Quelques heures avant le départ, les pratiques tactiques débutent. J’apprends à me positionner, à me déplacer en rang et à déchiffrer les ordres reçus par radio. 

Je retiens également que mes bottes d’hiver civiles ne feront en aucun cas le travail durant la nuit puisque j’ai les orteils gelés après une heure à l’extérieur. 

Un officier remédie — par chance ! — au problème et me prête ses bottes de type « mukluk » à trois épaisseurs, résistantes au froid extrême, qui me sauveront la mise au cours des heures qui ont suivi. 

À 22 h, les lumières s’éteignent dans le hangar du manège militaire pour un dernier repos avant le départ prévu deux heures plus tard, mais pour ma part, le sommeil ne se pointera pas le bout du nez avant le lendemain midi, après avoir complété avec succès ma première expédition militaire à vie. 

Notre journaliste Pierre-Alexandre Maltais a complété avec succès la mission à laquelle il prenait part avec le Régiment du Saguenay.

Un exercice exigeant

Après une préparation intense samedi et à peine une heure et des poussières de sommeil, le grand départ est donné sur le coup de minuit et quart dimanche matin.

Nous sommes 45 fantassins - journaliste inclus - divisés en deux pelotons à nous diriger vers notre point de chute à quelques kilomètres à l’ouest sur le chemin Saint-André, à la limite de Jonquière. Outre les soldats de la réserve du Saguenay, une quinzaine de militaires réservistes des Fusiliers du Saint-Laurent (Rimouski) sont également de la partie.

Le but de la mission est de capturer deux objectifs défendus par des « ennemis » joués par des recrues de la réserve qui seront abattus (certains portent des poches de faux sang, question de réalisme) ou capturés au cours des heures suivantes.

Gestion de la chaleur

La chance fait en sorte que le froid polaire des jours précédents a cessé, mais le bon 30 cm de neige et plus qui recouvre le sol ainsi que le mercure qui pointe quand même à -10 degrés Celsius annoncent ce qui m’attend durant la nuit.

Mes frères d’armes d’un jour portent chacun une arme de différents calibres, passant de mitraillettes — C7, C9 ou C6 pour les connaisseurs — aux bazookas, prêts à s’en prendre aux ennemis qui nous attendent, terrés au-delà du terrain montagneux qui sépare la rivière Saguenay et le secteur habité de Larouche.

Car oui, il y a des montagnes à Larouche, et c’est au terme d’une première marche d’environ trois heures que nous atteignons notre premier point de rencontre après une ascension de 200 mètres sur le terrain le plus accidenté que j’ai emprunté de toute ma vie.

S’ensuit alors le premier moment vraiment difficile de l’exercice : conserver ma chaleur en attendant, assis dans la neige, pendant près d’une heure et demie. Tout ça à 4 heures du matin, dans la pénombre, en plein milieu de nulle part, faut-il préciser.

Comme me le répète à plusieurs reprises mon guide pour la journée, le sergent Alexandre Tremblay, la clé pour compléter l’exercice, c’est de gérer sa chaleur en faisant bien attention aux couches de vêtements qu’on choisit d’enfiler.

Comme de fait, au moins deux soldats seront victimes d’étourdissements au cours de la matinée en raison d’un coup de chaleur.

Première attaque

À six heures pile, nous attaquons le premier objectif. Le son des grosses mitrailleuses C6 déchire la nuit et malgré le fait que des balles à blanc soient évidemment utilisées, l’odeur des cartouches chauffées remplit l’air pendant que le soleil s’apprête à se lever.

Des officiers qui ne font pas partie de l’expédition sont sur place et supervisent le déroulement des opérations. Ils jouent aussi les arbitres en déclarant tel ou tel soldat mort au combat. Ces derniers doivent s’allonger dans la neige sans bouger, le temps que l’opération se termine, après quoi ils ont droit à une seconde vie, comme dans un jeu vidéo.

Résilience

Une fois la première mission complétée, le cadran indique 7 h 30 et le jour est bien levé. Fier de m’être rendu là sans défaillir ni grelotter, je me remets en rang avec le reste des troupes pour compléter la deuxième mission.

Mais comme je n’ai pas vraiment dormi depuis maintenant 24 heures, c’est à ce moment que je comprends l’importance d’un tel exercice pour les militaires. Car peu importe la fatigue ou les conditions météo, ils doivent pouvoir effectuer leur travail en toutes circonstances.

« C’est une question de résilience », me répète le sergent Tremblay lorsque nous atteignons le sommet d’une interminable côte qui a raison de plusieurs soldats moins entraînés du 2e peloton.

Deux d’entre eux quitteront d’ailleurs l’exercice avant la fin, incapables d’aller plus loin.

CF-18

Au terme d’une autre marche en forêt à travers un sentier nullement défriché et à bout de force, on parvient enfin à la route sur laquelle nous devons prendre en embuscade un camion ennemi.

Pour y arriver, la base de Bagotville a déployé le grand jeu pour l’occasion. Deux CF-18 survolent la zone à basse altitude, comme s’ils allaient larguer des bombes. Un rare spectacle que je me compte chanceux de pouvoir observer.

Une fois l’ennemi maîtrisé, je me rends compte qu’il est presque midi. Douze heures pour parcourir une dizaine de kilomètres chargés comme des mules... Exténué, j’en conclus qu’il s’agit là pour moi de l’expérience d’une vie, mais une expérience qui restera unique. Je préfère encore me battre avec ma plume, mais j’en sors avec encore plus de respect pour nos soldats canadiens. Chapeau ! Pierre-Alexandre Maltais

+ LE RÉGIMENT DU SAGUENAY

Le Régiment du Saguenay est la seule unité de réserve (temps partiel) de l’armée de terre au Saguenay–Lac-Saint-Jean et est principalement une unité d’infanterie. 

Pour appliquer, il faut :

- Être citoyen canadien ;

- Être âgé de 16 ans minimum et d’au maximum de 57 ans ;

- Avoir acquis au minimum 24 crédits de 4e secondaire.

Les métiers offerts sont : 

- Fantassin ;

- Administrateur des ressources humaines ;

- Administrateur des services financiers ;

- Musicien ;

- Officier d’infanterie ;

- Officier de la logistique ;

- Padre.