Train dans les sentiers de la nature en 1972.
Train dans les sentiers de la nature en 1972.

60 ans d’avant-gardisme pour le Zoo sauvage de Saint-Félicien

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Vers la fin des années 1950, Ghislain Gagnon, alors policier, est allé rencontrer un groupe d’amis pour leur proposer un projet fou : lancer un zoo à Saint-Félicien. Même s’il trouvait l’idée audacieuse, Alexandre Tremblay a décidé de sauter dans l’aventure.

C’est en 1960 que le Zoo sauvage de Saint-Félicien est né, sur le site d’une ancienne renardière. Alors que les fondateurs de l’époque passaient pour des fous, ils ont réussi à bâtir un des produits d’appel touristique les plus populaires du Saguenay–Lac-Saint-Jean, lequel attire plus de 200 000 visiteurs par année. Pleins feux sur l’histoire de cette institution qui, à une certaine époque, a accueilli des girafes, des éléphants et des rhinocéros !

Le train du Parc des sentiers de la nature, en 1988. Les boeufs musqués sont arrivés en 1978.

Les deux hommes sont alors allés rencontrer Haldaige Laflamme, pour louer un terrain qui accueillait jadis une renardière – où l’on élevait des renards pour la fourrure –, à l’endroit où se trouve l’usine de Granules LG aujourd’hui. « Il nous a pris quasiment pour des fous, mais il a accepté de prêter son terrain », soutient Alexandre Tremblay, en riant.

Après avoir aménagé le site, les fondateurs reçoivent leurs deux premières bêtes : deux chevreuils offerts par Paul Murdoch, puis un ours, des corneilles et d’autres oiseaux. « Les gens nous amenaient des animaux et c’est comme ça qu’on a commencé le Zoo », explique Alexandre Tremblay.

160 animaux à l’ouverture

Le groupe acquiert un lama, des loups gris, des renards roux, des phoques et des primates. Pour la première fin de semaine d’ouverture, le 17 juillet 1960, le Zoo compte déjà 160 animaux et les clients payaient ce qu’ils voulaient pour le visiter. Le prix passe ensuite à 0,25 $ pour l’entrée.

Le succès est tel que le Zoo accueille 22 000 visiteurs lors des trois premiers mois d’opération ! « On était tous des bénévoles qui soutenaient le projet, explique Alexandre Tremblay, qui a aujourd’hui 88 ans. On recevait beaucoup de conseils de mon père, qui était un éleveur d’animaux à fourrure et qui avait une bonne connaissance des animaux sauvages. »

Les fondateurs du Zoo de Saint-Félicien.

Après le premier été d’opération, les sept fondateurs décident de créer une corporation sans but lucratif, dénommée Société zoologique de Saint-Félicien inc. Ghislain Gagnon est nommé président, Alexandre Tremblay devient le vice-président, Jean-Marie Gagnon est le secrétaire et Yvon Castonguay, Jean-Paul Tremblay, Marcel Hudon et Marcel Lefebvre occupent des postes de directeur.

18 hectares de terrain

Des discussions sont alors entamées pour faire l’acquisition de l’Île-aux-Bernard, une transaction qui se concrétise en février 1961, l’année où le Zoo déménage à son emplacement actuel.

Les projets de développements défilent rapidement, alors que le Zoo acquiert des ours polaires en 1962, avant de créer un premier parcours en petit train pour les enfants dès 1963.

La même année, les promoteurs lancent un élevage de ouananiches, avant d’accueillir des éléphants d’Asie l’année suivante.

L’entrée du Jardin zoologique de Saint-Félicien, dans les années 1960.

Dès 1968, le Zoo possède 18 hectares de terrain où habitent 450 animaux de 91 espèces. Au fil du temps, des hippopotames, des rhinocéros, des girafes, des lions, des panthères, des léopards, des chimpanzés, des tamanoirs et des tatous s’ajoutent à la liste d’animaux exotiques.

Changement de mentalité

C’est en 1969 que surviendra un des plus grands changements au Zoo de Saint-Félicien, lequel transformera sa destinée. À l’époque, Ghislain Gagnon met sur la table l’idée de créer un concept unique et innovateur, où les humains sont en cage et les animaux en liberté. « Les administrateurs de l’époque pensaient que Ghislain était fou et ils voulaient le mettre dehors, se souvient Gilles Potvin, qui était commissaire industriel pour la Ville de Saint-Félicien à l’époque. C’est pourtant ce qui a permis au Zoo de devenir un attrait incontournable pour la région et même pour le Québec en entier. »

À la fin des années 1960, le Zoo a pris un virage majeur en délaissant les cages pour offrir de plus grands habitats aux animaux.

Ce rêve se concrétisera en 1973, lors de l’inauguration du Parc des sentiers de la nature, qui permet de découvrir la faune québécoise dans son environnement naturel, à bord un train grillagé.

C’est à partir de ce moment que le Zoo devient différent, dans une classe à part, estime Danny Gagnon, le fils du fondateur et le directeur du développement des collections vivantes. « Ça nous a permis de mieux présenter les animaux dans de grands espaces, en misant davantage sur le bien-être animal », dit-il.

Graduellement, les enclos des animaux se font plus grands et les barreaux disparaissent, pour laisser place à des barrières naturelles, afin d’imiter l’habitat naturel des animaux.

Et c’est cette philosophie avant-gardiste qui dictera les choix du Zoo au cours des décennies suivantes. En 1981, la Fondation de la Société zoologique de Saint-Félicien voit le jour pour élargir la mission à l’éducation, la recherche et la mise en valeur des patrimoines naturels et culturels. Puis, en 1989, l’appellation change pour devenir le Zoo « sauvage ».

Les premiers ours blancs sont arrivés en 1962. Aujourd’hui, leur habitat est beaucoup plus grand, ce qui leur permet de mieux exprimer leur comportement naturel.

Cap sur la Boréalie

Pendant plusieurs années, le Zoo demeure un hybride entre un parc et un zoo traditionnel, souligne Danny Gagnon. Pour se démarquer et pour pousser encore plus loin le concept de parc naturel, l’institution prend une des décisions les plus difficiles de son histoire – et sûrement la plus risquée –, au début des années 1990, en délaissant les animaux exotiques. « Pleins de zoos dans le monde présentaient des animaux en cage sur un plancher de béton et on voulait présenter quelque chose de différent », ajoute ce dernier.

Le Zoo se réoriente alors vers les animaux de l’Amérique du Nord, avant de miser sur la Boréalie, puis sur toutes les régions froides du globe.

Et la philosophie fonctionne, car les touristes locaux sont nombreux, tout comme la clientèle internationale, qui représente 30 % de l’achalandage. « Aucun zoo au Canada ne fait venir autant de visiteurs internationaux que le Zoo sauvage de Saint-Félicien, lance fièrement Danny Gagnon. Ils viennent nous visiter parce qu’on peut observer les comportements des animaux dans leur milieu naturel ».

Au fil du temps, le bien-être animal est devenu une priorité dans les zoos presque partout dans le monde, et le Zoo de Saint-Félicien est un des pionniers dans le domaine.

Petit train pour enfant vers 1975.

En 2001, le Zoo élargit d’ailleurs sa mission en créant le Centre de conservation de la biodiversité boréale. Les travaux récents continuent dans ce sens, alors que l’habitat des ours blancs a été agrandi considérablement, si bien qu’ils cohabitent désormais avec des renards arctiques, remarque Danny Gagnon. « On essaie de reproduire ce qui se passe dans la nature. »

200 000 visiteurs

Attirer plus de 200 000 visiteurs chaque année dans une petite ville comme Saint-Félicien est un véritable tour de force et c’est pourquoi Joséane Fortin, présidente du conseil d’administration, estime que le Zoo sauvage de Saint-Félicien est le plus beau produit d’appel touristique de la région.

Danny Gagnon, fils du fondateur et directeur du développement et des collections vivantes, soutient que le Zoo a été avant-gardiste en misant sur le bien-être animal et les vastes enclos, où les animaux cohabitent, comme c’est le cas dans le Parc des sentiers de la nature.

Au cours des prochaines années, le Zoo sauvage continuera de miser sur le bien-être animal pour compléter son plan d’investissement de 32 millions de dollars sur cinq ans, qui se terminera l’an prochain. « On a encore beaucoup d’idées sur la table », commente-t-elle, sans vouloir révéler de secrets.

Une chose est sûre : l’aspect naturel et le respect des animaux auront préséance. « On veut que les gens aient l’impression de visiter un parc naturel, plutôt qu’un zoo », note Danny Gagnon.

Soixante ans après sa fondation, le Zoo demeure la plus grande fierté d’Alexandre Tremblay. « Je sais qu’à ma mort, je vais au moins laisser quelque chose pour la région », conclut l’un des fondateurs.

Vers la fin des années 1950, Ghislain Gagnon, alors policier, est allé rencontrer un groupe d’amis pour leur proposer un projet fou : lancer un zoo à Saint-Félicien.

+

À UN CHEVEUX DE DISPARAITRE

Le 21 décembre 1986, le Zoo de Saint-Félicien a failli disparaître, lorsque les prêteurs ont demandé de rendre les clés, faute de rentabilité.

« Ils nous ont dit qu’on devait fermer le Zoo », se souvient Benoît Laprise, alors maire de Saint-Félicien, qui a participé à la rencontre entre les dirigeants du Zoo et la banque. 

L’événement survenait quelques mois après un lockout de trois mois et qui avait causé de grosses pertes financières. 

Le premier magistrat réunit alors les conseillers d’urgence pour voter un règlement de 100 000 $ pour sauver l’institution. « Sans cet argent, le Zoo manquait de fonds pour soigner les animaux pendant l’hiver », se souvient l’homme, en ajoutant que le site touristique avait alors des problèmes financiers.

Pour donner un peu d’air supplémentaire et pour convaincre les banquiers, les employés acceptent de faire 40 heures de travail à titre bénévole. Une campagne de financement est aussi lancée le 5 janvier et en moins de trois mois, un montant de 1,3 million de dollars est amassé. La banque accepte alors le plan de relance. 

Quelques années plus tard, en 1993, la Ville achète le camping, ce qui permet d’avoir les liquidités nécessaires pour financer un plan d’investissement de 3,75 millions de dollars, dont la majeure partie provient de subventions des gouvernements fédéral et provincial.