Luigi Bouchard est professeur et chercheur au département de biochimie de l’Université de Sherbrooke, mais ici à temps plein au Saguenay. Il vient d’obtenir une importante subvention de 585 000 $ pour poursuivre ses recherches sur le dépistage précoce du diabète de grossesse.

585 000 $ pour étudier le diabète de grossesse

Grâce à un support financier offert par la Fondation de ma vie, le professeur chercheur Luigi Bouchard a reçu une subvention de 585 000 $ sur trois ans de la part de l’Institut de recherche en santé du Canada (IRSC). La recherche de son groupe vise à détecter dès le premier trimestre le diabète de grossesse, question de pouvoir dès lors diminuer les risques chez l’enfant en améliorant la santé de la mère.

Luigi Bouchard, chercheur pour le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, est rattaché au département de biochimie de l’Université de Sherbrooke, cette même institution qui offre la formation en médecine à Chicoutimi en collaboration avec l’Université du Québec à Chicoutimi et le CIUSSS. Il œuvre notamment en compagnie de Renée Guérin, chercheuse et biochimiste clinique. Ils partagent les locaux d’ECOGENE-21 au sous-sol du monastère des Augustines, attenant à l’hôpital de Chicoutimi.

« Il y a de la belle recherche qui se fait en région et qui a une portée internationale », a tenu à faire savoir en toute fin d’entrevue le scientifique né à Dolbeau-Mistassini et qui a fait le choix de travailler dans sa région. 

Le chercheur a expliqué au Quotidien son intérêt de longue date pour les causes de l’obésité, notamment en ce qui a trait à l’hérédité. Initialement, il travaillait plus cette maladie en étudiant le côté génétique et l’effet de l’environnement. « Mais en cours de route, un nouveau concept a été développé qui est l’origine développementale des maladies, un concept qui a émergé au début des années 2000 », a-t-il expliqué. Selon ce concept, des maladies peuvent trouver leurs origines dans les conditions de développement du fœtus. 

C’est là qu’interviennent les recherches du docteur Bouchard sur le diabète de grossesse, aussi appelé diabète gestationnel. Cette maladie se manifeste par une augmentation de la glycémie vers la fin du 2e et au 3e trimestre de la grossesse. « Les enfants dont la mère avait le diabète de grossesse ont plus de risques de développer le diabète et l’obésité », a-t-il indiqué. 

Depuis 2006, le centre de recherche où il se trouve amasse des données sur des femmes enceintes et sur leurs enfants. « On recrute des mères enceintes entre six et 15 semaines et on leur fait subir une batterie de tests. Ensuite, on les revoit au deuxième trimestre. Il y a aussi un suivi de cinq ans sur la santé de la mère et de l’enfant. Et sur certains enfants, on fait un suivi à trois ans », a-t-il détaillé. Il y a donc une base de données de plus de 1250 femmes et elle continue toujours à se construire.

La recherche financée par l’IRSC vise à voir s’il est possible de pouvoir déceler le diabète de grossesse avant le deuxième trimestre. « On travaille sur le développement de biomarqueurs au premier trimestre. Est-ce qu’il y a des biomarqueurs, comme le glucose, qui permettent de savoir qui va faire du diabète de grossesse ? Ainsi, on pourrait commencer le traitement plus tôt pour une meilleure santé de la mère et de l’enfant », a poursuivi le chercheur. 

« Le traitement durant la grossesse peut être aussi simple que rencontrer une nutritionniste et faire de l’activité physique. (...) Il n’y a pas de traitements médicaux en tant que tels, car on tente de diminuer la prise de médicaments par la mère », a poursuivi le Dolmissois d’origine.

C’est grâce à un projet pilote de deux ans, financé au montant de 50 000 $ par la fondation, que la subvention a été accordée. 

« Ils ont noté que notre hypothèse était probablement bonne », a-t-il jugé. Des 38 projets étudiés par l’IRSC, 10 ont reçu une réponse positive.

Ainsi, avec des données à long terme, il sera possible d’utiliser les tests sur les femmes du premier trimestre et ensuite les comparer avec les données de celles qui développeront effectivement le diabète de grossesse. Par la suite, si l’hypothèse se confirme bel et bien, il sera alors possible d’intervenir beaucoup plus tôt.

Le diabète de grossesse touche environ 10 % des femmes et, de ce nombre, 30 à 50 % développeront le diabète comme tel par la suite.

Le directeur général de la Fondation de ma vie, Martin Gagnon, est fier de contribuer à garder des chercheurs en santé au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« Une "rock star" dans son domaine »

« On est extrêmement fiers. C’est une belle réalisation », a lancé le directeur général de la Fondation de ma vie, Martin Gagnon, lorsqu’il recevait Le Quotidien dans ses bureaux. Il a indiqué qu’environ 20 % des sommes remises à l’hôpital de Chicoutimi étaient réservées à la recherche et à l’enseignement. 

« On veut garder nos chercheurs ici. Luigi, il ne travaille pas tout seul et il attire des gens ici. Avec les recherches qu’il fait, c’est quelqu’un qu’on veut garder. Il pourrait aller un peu partout sur la planète. Il ne le dira pas lui-même, mais c’est une ‘‘rock star’’ dans son domaine. Il travaille même avec des gens de la Harvard Medical School », a lancé enflammé le dg. 

Le projet de recherche inclut en effet Marie-France Hivert, une Sherbrookoise expatriée dans l’institution de grand prestige. Depuis sa fondation en 1980, l’organisme a remis près de 23 millions $.