La question de la protection du caribou forestier au Canada continue de diviser l’industrie forestière et la communauté scientifique.

5675 emplois pour 79 caribous

L’Institut économique de Montréal dénonce le plan d’Ottawa

L’Institut économique de Montréal (IEDM) se mêle encore une fois du dossier du caribou forestier. L’organisme de recherche estime que le plan du gouvernement fédéral pourrait coûter au Québec 5675 emplois directs en plus d’une perte d’activité économique de 741 M $ annuellement, tout ça pour sauver « 79 caribous par année ». C’est un constat dénoncé fermement par Martin-Hugues St-Laurent, professeur à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) et expert sur la question du caribou.

« Si Québec met en œuvre intégralement toutes ces recommandations, la baisse des récoltes représenterait une perte de 72 emplois directs pour la sauvegarde, par ailleurs incertaine, d’un seul caribou, a expliqué Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques à l’IEDM, par voie de communiqué, mardi matin. Cela représenterait un coût total de 9,4 millions $ par caribou, sans garantie de résultat, pour l’ensemble des trois régions touchées par le Plan de rétablissement du caribou forestier, soit le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec. »

« 9,4 millions par caribous, c’est de la démagogie pure et simple. 79 caribous par année, je ne sais pas où ils prennent ça. (...) Avec 5675 emplois directs, je crois qu’on est dans la démagogie. C’est de prendre tous les problèmes de l’industrie et de les diviser par le nombre de caribous », a analysé Martin-Hugues St-Laurent, professeur à l’Université du Québec à Rimouski et expert sur la question du caribou.

Le scientifique dénonce cette autre intervention de l’IEDM, qu’il estime trop collé sur l’industrie. Il associe cette sortie à une récente intervention de l’Association des produits forestiers du Canada. En août, son président, Derek Nighbor, avait écrit à la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, pour lui demander de reconsidérer la stratégie proposée à la fin de juillet par son gouvernement pour protéger le caribou forestier.

Un impact dans la région

Les mesures envisagées pour protéger l’habitat du caribou forestier auraient pour effet de réduire considérablement les volumes de bois disponibles pour la récolte, ce qui imposerait des coûts économiques importants aux régions qui dépendent grandement de l’activité forestière, avance encore l’IEDM. Pour la seule région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, la diminution des volumes disponibles à la récolte serait d’environ 25 %. Cela représenterait une perte de 261 millions $ d’activité économique et de 1762 emplois directs, soit un coût de 11,3 millions $ pour chaque caribou potentiellement sauvegardé.

Si le plan de rétablissement ne ciblait que les forêts où la survie du caribou forestier est la plus probable, l’IEDM affirme qu’il serait possible de limiter l’impact économique sur les communautés locales dépendantes de l’industrie forestière. Ainsi selon l’institut économique, le coût des mesures de sauvegarde passerait de 261 à 86 millions $ au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

D’ici jeudi

Les provinces doivent déposer d’ici jeudi leur plan de protection. Selon le professeur du Département de biologie, chimie et géographie à l’UQAR, c’est dans cette optique et pour influencer l’opinion publique que l’IEDM est revenue à la charge. « Ce n’est pas nouveau et c’est alarmiste. Il est aussi difficile d’en vérifier les chiffres », a-t-il poursuivi, dénonçant que l’IEDM ne dévoile jamais ses sources, comme le ferait un travail scientifique. Il implique aussi, par la bande, Produits forestiers Résolu dans cette campagne, qu’il qualifie de « désinformation ».

Martin-Hugues Saint-Laurent espère que Québec respectera l’opinion des scientifiques qui ont été consultés dans ce dossier. Selon lui, le gouvernement provincial ne peut se soustraire à la loi fédérale sur la protection des espèces menacées, comme le caribou des bois.

Rappelons que lors de la dernière campagne électorale provinciale, le premier ministre Philippe Couillard avait promis qu’il ne se perdrait pas un emploi dans la région en raison du caribou.