Pierre Boivin utilise différentes grandeurs de voilure lorsqu’il saute en parachute, ce qui influence la vitesse à l’atterrissage. Parfois, elle peut atteindre 60 km/h!

5000 sauts en parachute pour Pierre Boivin

Propriétaire de l’entreprise almatoise Parachute Horizon, Pierre Boivin a franchi au cours de sa 40e saison cet été le cap des 5000 sauts, ce qui en fait l’un des parachutistes les plus expérimentés du Saguenay-Lac-Saint-Jean, pour ne pas dire le plus aguerri ! Depuis la première fois qu’il s’est élancé dans le vide en 1979 jusqu’à aujourd’hui, l’homme de 65 ans ressent toujours le même sentiment lorsqu’il ouvre la porte de l’avion, à 12 000 pieds dans les airs.

« Ce n’est pas un geste naturel. Une fois dehors, il n’y a plus de peur, c’est une autre dimension. C’est l’euphorie. »

« Peu importe le nombre de sauts, ce n’est jamais la routine. Peu importe ton niveau d’expérience, ça va vite. C’est la vraie vie, assure-t-il en entrevue. En bas, tu peux faire ton fanfaron, mais en haut, tu ne peux pas mentir. On voit tout de suite dans le regard comment la personne se sent. C’est unique comme sport. C’est vrai. »

Pierre Boivin tient entre ses mains le sac contenant son parachute. Il ne sauterait jamais sans avoir de plan B, c’est-à-dire son parachute de secours.

Le parcours du passionné a été souligné en fin de semaine dernière, lors d’un rassemblement amical d’une vingtaine de parachutistes au Lac-Saint-Jean. Au Québec, il n’y en a pas des tonnes qui ont atteint autant de sauts, qui sont calculés pour les licences. Ce genre d’événement annuel est parfait pour des vols de formation, par exemple avec huit ou neuf adeptes dessinant une figure dans le ciel, parachutés depuis deux avions, ou des vols de nuit. Mais ce qui attire le plus ces sportifs dans la région, ce sont les paysages.

« J’ai sauté pas mal partout au Québec, mais il n’y a aucune place comparable à ici. Sauter en haut du lac Saint-Jean, c’est exceptionnel. À 12 000 pieds, on peut voir presque toute la région, de Saint-Félicien à Jonquière. Ça vaut le déplacement. La vue est imprenable », affirme Pierre Boivin, qui a aussi sauté aux États-Unis, notamment.

Un coup de tête
Celui qui a essayé une foule de disciplines sportives a découvert le parachutisme sur « un coup de tête ». « Mon premier saut était à l’aéroport de Saint-Méthode. Ensuite, il y a une coopérative qui s’est formée à Alma, et je me suis joint au groupe », raconte l’ancien travailleur chez Alcan.

À l’époque, la mode n’était pas aux sauts en tandem, comme de nos jours, où l’on peut s’initier au parachute avec un instructeur. Les équipements n’étaient pas encore perfectionnés. Les gens devaient sauter en solo dès leur première fois, après un cours de six heures.

« On avait des parachutes ronds, comme ceux qu’on voit dans les vieux films de l’armée. Les jeunes, ils ont de la misère à l’imaginer quand je raconte ça », se souvient Pierre Boivin.

Chaque saut nécessite une grande concentration. « Faut que tu sois là mentalement. C’est un sport à ne pas prendre à la légère. Une erreur peut être coûteuse », avertit-il. Même si l’accélération est rapide (en moyenne 200 km/h en quelques secondes), c’est surtout à l’atterrissage qu’un accident peut survenir.

Celui qui gère ses risques raisonnablement « de A à Z » et qui ne s’est jamais blessé, « même pas le petit doigt », a eu véritablement peur une seule fois. « C’était il y a très longtemps, en Virginie. On sautait en haut d’un pont de 750 pieds. Je n’étais pas totalement certain de moi. C’est l’affaire la plus épeurante que j’ai jamais faite ! »

Tel un oiseau
Pierre Boivin est conscient que c’est la dopamine, produite par son corps lors de cette activité physique intense, qui le fait « remonter ». « Tu veux aller chercher ce feeling-là. »

Pour lui, c’est « voler ». « Les pilotes d’avion pensent qu’ils volent... Qu’ils ouvrent la porte et se jettent en bas, ils vont voir c’est quoi pour vrai ! »

Dans une journée au centre de parachutisme, Pierre Boivin peut exécuter huit ou neuf sauts en tandem dans une journée, des chutes d’environ 45 secondes. « Il n’y a pas de contre-indication. Ça dépend de ta forme physique », explique l’instructeur.

Et le parachutiste se porte aussi bien qu’il y a dix ans, soutient-il. Il compte sauter encore une bonne décennie. « Je ne vois rien qui m’en empêcherait ! »

Au centre, on peut apercevoir Pierre Boivin, accompagné des parachutistes rassemblés au Lac-Saint-Jean, la semaine dernière, pour une réunion amicale.

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EN FAMILLE

Pour le parachutiste Pierre Boivin, son sport est une affaire de famille à plusieurs niveaux. Son fils François et deux de ses petits-fils sont impliqués dans l’entreprise, ce qui le rend bien fier.

François a près de 2500 sauts à son actif, à peu près la moitié de son père. Les deux sont d’ailleurs actionnaires chez Parachute Horizon avec Roger Leclerc. Charles-Antoine Tremblay, 19 ans, en compte environ 200. Félix-Olivier Tremblay, 17 ans, s’adonne aussi au sport et accomplit diverses tâches pour l’entreprise.

« Ils n’ont jamais été forcés, affirme Pierre Boivin. Ils ont pratiquement été élevés au centre ! Pour eux, c’est facile, ils sont habitués à voir les techniques et les manœuvres. Ils pouvaient dire si un atterrissage était réussi ou pas avant même d’avoir déjà sauté. »

Le sexagénaire ajoute avoir toujours eu l’appui de sa conjointe. « On peut dire que le sport a sauvé ma vie », confie-t-il, sans trop vouloir s’épancher sur le sujet. À son avis,le parachutisme permet d’apprendre à se faire confiance, à gérer son stress et à connaître ses limites.

En plus des parachutistes réguliers du centre, l’entreprise accompagne des clients pour environ 500 sauts en tandem durant la saison, du 1er mai au 15 octobre. Pierre Boivin est reconnaissant de pouvoir gagner sa vie ainsi depuis 16 ans. L’entreprise Parachute Horizon était auparavant établie à Saint-Honoré, mais Alma a été privilégiée pour sa position centrale dans la région. À proximité du lac Saint-Jean, le ciel est aussi plus souvent dégagé.

« L’hiver, on va passer parfois quelques semaines en Floride. C’est la Mecque du parachutisme. Il y a 25 centres environ », déclare Pierre Boivin, qui se sent bien accueilli chez les adeptes comme lui partout dans le monde.

« Les parachutistes, c’est comme une famille. Ça fait cliché de dire ça, mais c’est vrai. Quand tu sautes, il se crée des liens particuliers. »

Sur cette photo, on voit Pierre Boivin à l’atterrissage, manoeuvre où les accidents se produisent le plus généralement, mais le passionné est assez expérimenté pour réduire le risque d’erreur humaine.

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LA SÉCURITÉ AVANT TOUT

Pour le parachutiste Pierre Boivin, il importe de bien faire la différence entre son sport et d’autres disciplines, comme le « base jump ».

« En parachutisme, les équipements sont technologiques. Nous sommes encadrés par une fédération et les avions doivent être certifiés par Transports Canada. Un pilote ne peut pas te monter si tu lui demandes comme ça. On a toujours un plan B avec notre deuxième parachute, et on peut contrôler tous les risques. Si j’ai un doute, je ne saute pas. »

Dans les dernières années, d’autres activités beaucoup plus risquées ont fait leur apparition. En Europe, on peut par exemple voir des personnes sauter en bas d’une falaise avec une combinaison avec des « ailes », un peu à la manière d’un écureuil volant. Ces gens ne portent qu’un parachute sur leur dos, ce qui est totalement différent sur le plan de la dangerosité, selon Pierre Boivin.

Ce dernier ne se considère pas comme téméraire. « Si je me blessais parce que j’ai été téméraire, je ne serais pas capable de passer le reste de ma vie en fauteuil roulant. Une malchance, je pourrais l’accepter. »