50 ans du Cercle de presse: la quadrature du Cercle

Laval Gagnon Collaboration spéciale - Quand Bertrand Tremblay et des collègues fondent le Cercle de presse de Chicoutimi au printemps 1969, ils ne s’imaginent certainement pas que leur création sera la seule survivante québécoise de son espèce un demi-siècle plus tard.

À l’époque, le Cercle comble le vide laissé par le Club des journalistes du Saguenay. Depuis sa fondation en 1947 par le directeur du journal Le Lingot Aimé Gagné, le Club tenait des activités sociales où des dirigeants d’entreprises côtoyaient le milieu journalistique. Le Cercle de presse répondait plutôt au besoin des journalistes de se regrouper et d’échanger professionnellement sur leur métier, sans exclure les responsables des relations publiques. Le secteur de l’information et des médias est alors en pleine effervescence au Québec. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean profite largement de cette fructueuse période.

En 1973 le journal Le Quotidien prend la relève du Soleil, une offre qui s’ajoute à son prospère cousin Le Progrès-Dimanche, alors que Le Journal de Québec consolide sa présence dans la région. Plusieurs hebdos complètent l’offre de la presse écrite tandis que les stations radiophoniques AM abondent. Deux stations de télévision (CKRS, CJPM) assurent la couverture en information, alors que le canal communautaire (Télésag) s’active. Sans oublier le département d’Art et technologies des médias du Cégep de Jonquière. Dès lors, la région devient une pépinière fertile de journalistes, recherchistes et réalisateurs souvent recrutés par la presse nationale, parlée et écrite, dans la capitale nationale et surtout à Montréal. À l’époque, la vitalité du Cercle et la santé des médias s’expliquent essentiellement par deux facteurs, liés l’un à l’autre. D’abord par l’excentricité du territoire et son éloignement des grandes zones urbaines le long du fleuve Saint-Laurent. Un isolement géographique que Claude Ryan identifiera maladroitement comme une cause de carence intellectuelle. Pour qui en a une expérience plus directe et intime, l’éloignement des irréductibles Bleuets a plutôt induit un chauvinisme qui revendique son originalité comme société particulière, sinon distincte.

Le deuxième facteur est le développement régional soutenu dans les années 60 et 70 grâce à des investissements gouvernementaux massifs en infrastructures et services publics dans tout le Québec. Combiné à la présence déterminante de la grande entreprise, ce développement économique et urbain intensif fait du Saguenay-Lac-Saint-Jean une société dynamique et prospère. Mais les années ultérieures difficiles, marquées par la stagnation et même la décroissance que subira la région, seront également éprouvantes pour le milieu de l’information et des communications.

Le Cercle intervient

Bien que la charte lui dicte une neutralité de circonstance, le Cercle de presse du Saguenay a été amené à quelques reprises à se prononcer publiquement comme institution. À l’automne 1975 lors de la grève des journalistes du Quotidien et du Progrès-Dimanche, le Cercle et les intervenants de la presse et des milieux syndicaux, exigent et obtiennent le retrait des armes à feu des gardiens embauchés pour assurer la sécurité des cadres qui franchissent la ligne de piquetage.

Lors de la grève aux installations d’Alcan en 1976, le Cercle de presse s’associe à la direction de plusieurs médias dans une plainte au Conseil de presse du Québec concernant la saisie de matériel journalistique par la Sûreté du Québec après une manifestation violente à Arvida.

En juin 2001, un citoyen lecteur dépose une plainte au Conseil de presse contre le cumul de fonctions de Carol Néron du Quotidien comme journaliste, éditorialiste en chef et président du Cercle de presse. Sans surprise, la plainte sur la présumée toute puissance du confrère Néron est rejetée, étant jugée non fondée.

En août 2004, le Cercle de presse intervient pour dénoncer la « montréalisation des ondes » devant le projet de CORUS de réaménager à la baisse la programmation locale de CKRS radio.

L’année de fondation du Cercle en 1969 est aussi celle de la Fédération professionnelle des journalistes, dont le membership dans la région demeurera anémique. Était-ce dû au dynamisme du Cercle de presse ? Ou à la vitalité du militantisme syndical qui s’étendit à compter de 1972 dans les nombreux médias avec la création à la CSN de l’influente Fédération nationale des communications ?

La longévité

Grâce à l’activité phare des déjeuners, traditionnellement le mercredi, des centaines, voire des milliers d’invités ont témoigné de la société régionale et québécoise. Il faut avoir été à la présidence du Cercle pour saisir la charge prestigieuse, mais lourde qui se dépose au début du mandat sur les épaules de la présidence. Chercher, repérer, contacter, programmer les invités, s’assurer de leur présence et animer les déjeuners devient au fil des semaines et des soubresauts de l’actualité un karma digne des appentis sorciers. Quand un invité vedette de calibre national remplit la salle et fait l’actualité, la gratification est grande et réconfortante. Il arrive aussi, pour toutes sortes de raisons, que la participation soit plus faible, l’assistance dispersée. Généralement, le professionnalisme de la présidence rassure les invités et graduellement son savoir-faire stimule les questions des journalistes et des relationnistes présents. La couverture des médias présents et la diffusion du Cercle sur le canal communautaire (maintenant MAtv) garantissent ensuite l’accessibilité de l’événement au grand public.

Les cinq décennies d’existence du Cercle, ont été présidées par 28 hommes (70 %) et 12 femmes. Toutefois, la parité se dessine depuis les années 2000 et se confirme avec netteté avec trois hommes et trois femmes dans la dernière décennie. Évidemment, la réduction des effectifs journalistiques dans les médias se répercute sur le bassin de journalistes qui pourraient assumer la présidence ou assister à ses activités. Même phénomène pour les relationnistes. Il y a là un défi pour l’avenir. Malgré tout, on peut mesurer la réputation prestigieuse dont bénéficie toujours le Cercle de presse en constatant le sérieux et la minutie affichés par les professionnels des relations publiques ou autres représentants appelés à préparer et encadrer leurs dirigeants ou porte-parole comme invités au Cercle.

Tout au long de son existence, le Cercle de presse s’est maintenu à flot sur la mer changeante de l’information. Il s’agit là d’une heureuse énigme. À chaque rencontre, à chaque déjeuner, le Cercle de presse tente de faire le tour d’une question en traitant carrément tous les côtés du sujet. Une rareté dans le milieu de l’info. La science nous dit que de mesurer exactement le carré d’un sujet en le faisant entrer dans un cercle, aussi vertueux soit-il, est impossible. Que ce n’est jamais fini. Voilà donc, peut-être, le secret de sa longévité. La quadrature du Cercle.