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50 % des professionnels de l’éducation songent à quitter le public

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Les professionnels du secteur de l’éducation (primaire et secondaire) sont préoccupés par la dégradation de leur situation au sein du système scolaire et ils sont maintenant près de 50 % à envisager de quitter le secteur public pour se trouver un emploi dans le privé, qui offre des conditions de travail plus avantageuses.

C’est ce qui se dégage d’un sondage mené par la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ) et les Syndicats des professionnelles et professionnels de l’éducation du Lac-Saint-Jean, Pays-des-Bleuets et Baie-James (SPPLPB-CSQ) et du Saguenay auprès de leurs membres. Dans la région, ce sont 380 professionnels qui oeuvrent dans les différentes écoles en support aux services éducatifs réguliers.

De façon plus précise, 44 % des membres de la fédération songent à quitter le secteur public pour migrer vers le privé. Ils justifient cette volonté par la lourdeur de la tâche et le salaire insuffisant. Dans cette catégorie, le salaire d’entrée est de l’ordre de 40 000 $ par année alors que plusieurs professionnels détiennent un niveau de scolarité de maîtrise, selon le président de la fédération, Jacques Landry.

La précarité d’emploi est un autre facteur soulevé par les dirigeants syndicaux pour expliquer cette vague de démobilisation qui frappe ceux et celles dont le travail consiste à venir en aide aux élèves en difficulté. Pour les écoles du Lac-Saint-Jean et du Nord du Québec, les chiffres confirment que 42 % des emplois sont à statut précaire et qu’il n’y a pas nécessairement de solution à court terme pour réussir à renverser la vapeur.

Cette situation fait dire au président du syndicat qui représente les deux centres de service du Saguenay, Rémy Fortin, que plusieurs enfants qui auraient besoin d’un suivi avec des orthophonistes vont passer une partie de leur parcours scolaire sur une liste d’attente. C’est ainsi que bon nombre d’enfants qui auraient besoin d’un suivi ou même de mesures préventives n’auront jamais accès à des services qui, dans certains cas, pourraient les aider à avoir un parcours scolaire normal.

« Les professionnelles et les professionnels interrogés déplorent, pour 48 % d’entre eux, avoir un trop grand nombre d’écoles à desservir, alors que 39 % constatent qu’il n’y a pas suffisamment de ressources dans leur corps d’emploi. Dans ce contexte, 61 % des personnes qui ont répondu au sondage affirment que seuls les élèves ayant un problème jugé urgent ont accès aux services. Plus précisément, 50 % disent que seuls les élèves qui dérangent en classe ou qui sortent du cadre reçoivent de l’aide », fait ressortir le sondage réalisé par la fédération.

La psychoéducatrice Marie-Claude Fortin a vécu cette réalité, au cours des dernières années : « Je devais donner des services dans six écoles primaires. Ça voulait dire de travailler avec six directions qui doivent se répartir le budget pour les interventions. »

La professionnelle a vu sa situation s’améliorer, depuis le début de l’année, alors qu’elle a eu accès à un poste pour l’école secondaire Kénogami. Malgré ce changement de poste, elle doit composer avec les autres réalités qui guettent les services spécialisés auprès des élèves.

« Nous sommes constamment dans l’urgence, et les codes de difficultés ne suffisent pas à déterminer qui aura des services ou non, puisqu’il y a beaucoup plus de demandes que ce que nous sommes capables de fournir. La situation est alarmante et le système scolaire est très souffrant. Ce sont nos élèves qui en paient le prix pendant que nous tentons, tant bien que mal, de soutenir le milieu », ajoute Marc Nolet, président du Syndicat du Pays-des-Bleuets et Baie-James.

Le président de la fédération a invité le gouvernement caquiste à profiter de l’actuelle négociation pour améliorer certains éléments des conditions de travail des professionnels. Il fait ici référence aux coûts d’adhésion à un ordre professionnel que le gouvernement accepte de défrayer dans certains secteurs (SPGQ).

Selon Jacques Landry, le gouvernement est loin de rechercher des solutions, dans le cadre des négociations. Il propose des solutions qui risquent d’aggraver la situation actuelle avec la précarisation des emplois et un modeste gain au niveau salarial. En tout, l’offre gouvernementale se chiffre approximativement à 100 $ par professionnel en ce moment à l’emploi des centres de services scolaires du Québec.

« Actuellement, les discussions, aux tables de négociation, piétinent. Le gouvernement ne propose rien de concret pour améliorer la situation actuelle, qui ne cesse de se détériorer », a conclu le président de la FPPE-CSQ.