24 heures dans la peau d’un itinérant: un homme d’affaires transformé

Après 24 heures dans la peau d’un itinérant, Yves Ntetu est complètement transformé. L’expérience a été souffrante, mais elle a changé l’homme d’affaires qui ne voulait pas voir d’itinérants se réchauffer dans son commerce du centre-ville de Chicoutimi en celui qui cherche à les aider.

Yves Ntetu s’était donné comme défi de passer 24 heures dehors afin de mieux comprendre ce que vivent les itinérants. L’expérience s’est avérée plus difficile qu’anticipée. 

« J’ai passé 16 heures dehors. Hier soir (mardi), j’ai dû capituler et sortir de la rue. Je m’étais réfugié dans un portique de banque, mais il faisait froid. J’avais des maux de tête et je tremblais. J’ai vécu la misère au Congo, mais ça n’a rien à voir. Là-bas, il fait chaud. Quand il fait froid, où veux-tu aller ? C’est une autre réalité, c’est marquant, raconte Yves Ntetu. Ç’a été une expérience souffrante. J’ai mal partout, mais je suis transformé. Avant, je ne voulais pas que les gens rentrent dans notre entreprise pour se réchauffer. Je trouvais que ça ne donnait pas une bonne image de l’entreprise. Maintenant, je crois qu’il faut investir pour les aider. »

Yves Ntetu s’est rendu à la Maison des sans-abri de Chicoutimi, ressource qui affichait complet. 

« On m’a offert de m’installer sur un divan. Il n’y avait qu’une personne responsable. Il y a un manque d’effectifs. Ça pourrait même être dangereux. C’est la seule maison pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord », déplore-t-il. 

Au cours de la nuit, Yves Ntetu en a vu de toutes les couleurs. Des personnes lui ont confié leurs histoires d’horreur; d’autres ont fait preuve de violence ou consommé jusqu’à déraper. 

« Les gens sont dans le besoin », explique celui qui a aussi été surpris par le regard que les gens posaient sur lui dans la rue. 

« Je sentais le dédain. Je me suis rendu compte que moi aussi, j’étais comme ça. »

L’homme d’affaires ne ressort pas indemne de son expérience. Il espère maintenant faire une différence en donnant et en incitant d’autres gens du milieu des affaires à l’imiter. 

« Les gens d’affaires doivent intervenir pour garder cette maison ouverte. Ils sont en débordement. »

Son entreprise, Boyaux Saguenay, viendra en aide aux sans-abri. « L’entreprise va donner chaque mois un montant d’argent. On va aussi aménager un petit espace à l’intérieur du garage pour recevoir quelques personnes lorsque la Maison des sans-abri déborde. Un gardien de nuit sera sur place. Évidemment, ce n’est pas un travailleur social, les gens devront donc passer par la Maison des sans-abri préalablement afin d’être évalués », explique celui dont l’entreprise est située sur la rue du Havre, au centre-ville de Chicoutimi. 

Un montant sera aussi versé à la Soupe populaire. Pour sa part, Yves Ntetu s’engage à donner de son temps. « Je vais faire moi-même quelques heures de bénévolat », promet-il. 

Des gens ont aussi appelé chez Boyaux Saguenay afin de savoir comment faire des dons. « Mon expérience a eu des échos. Je suis très content. C’est un débat de société qu’on doit avoir. Il faut que des investissements soient faits. »

Situation critique 

La situation est telle à la Maison des sans-abri de Chicoutimi que Saguenay a consenti à une avance de fonds à la fin du mois de décembre. « La situation était critique. Elle est en état d’urgence. Nous avons fait une avance de 50 000 $, montant qui sera soustrait des 105 000 $ attribués pour 2019. Les conseillers ont aussi tenté d’aider en donnant. Ça nous a tous touchés. Des maisons de chambres sont disparues en 2018. Ç’a créé un besoin encore plus grand », affirme la conseillère municipale et présidente de la Commission des services communautaires, Brigitte Bergeron.