Messe matinale présidé par le Père Clément. À l’arrière, on peut apercevoir Jimmy Carbonneau, qui pourrait devenir le premier moine à s’ajouter à la communauté de Mistassini depuis 1993.

24 heures au monastère des Pères trappistes

En début de semaine, notre journaliste Guillaume Roy est allé passer 24 heures au sein de la communauté des moines trappistes de Mistassini. Voici les 10 choses qui l’ont marqué lors de son expérience.

1. DORMIR AU MONASTÈRE

« Chaque hôte qui arrive sera reçu comme le Christ, car lui-même doit dire un jour : “J’ai demandé l’hospitalité et vous m’avez reçu.’’ » Telle est la règle 53 de Saint-Benoît, qui dicte la vie monastique. Les moines trappistes se font ainsi un devoir d’accueillir les visiteurs avec la plus grande amabilité. Il y a quelques décennies, il fallait réserver plusieurs mois d’avance pour loger à l’hôtellerie de Mistassini, qui comprend 14 chambres individuelles et trois chambres pour les couples, lors des vacances de Pâques ou encore pendant l’été, m’a expliqué le père Michel. Aujourd’hui, il y a toutefois beaucoup moins de clientèle. Les clients peuvent faire un don, selon leurs moyens, pour y loger dans une chambre simple et modeste (à l’image de la vie de moine), mais on suggère un montant de 50 dollars par nuit. 

2. UN SILENCE QUI FAIT DU BIEN

Aller passer une ou plusieurs nuits dans un monastère est une excellente façon de faire une retraite et de prendre une pause du rythme effréné du quotidien. D’abord, le silence qui y règne apaise l’âme. De plus, un séjour au monastère permet de déconnecter (même s’il y a du Wi-Fi) et de prendre du temps pour méditer. Un baume pour l’âme. 

3. DES MOINES CHANTANTS

Les moines vivent la très grande majorité du temps dans le silence absolu. Ils parlent seulement lorsque c’est vraiment nécessaire ou lorsque le travail l’oblige. C’est seulement lors des sept offices quotidiens qu’ils peuvent vraiment se faire entendre. Et ils le font en chantant la plus grande partie du temps, lorsqu’ils entonnent des chants liturgiques. 

4. UN ULTRAMARATHON DE MÉDITATION

Si la vie de moine peut paraître relaxante, elle n’est pas de tout repos, car chaque journée commence par un office monastique dès 4 h du matin. Au cours de la journée, ils participeront à six autres offices (7 h, 8 h, 11 h 45, 13 h 45, 17 h 20 et 19 h 30), qui durent de 15 à 45 minutes, dont certaines périodes sont dédiées à la méditation. Entre ces offices, les moines doivent faire la lectio divina (lecture divine) et travailler pour subvenir à leurs besoins.

5. DES MOINES TRAVAILLEURS ET ENTREPRENEURS

Comme il est interdit aux moines de quémander, ils doivent travailler pour vivre. Depuis la naissance de l’Ordre des cisterciens de la stricte observance (le nom officiel des pères trappistes) en 1098, les moines se sont notamment spécialisés dans l’agroalimentaire, développant des bières trappistes en Belgique, plusieurs fromages (dont celui d’Oka qui a été vendu à Agropur en 1975), et bien sûr le chocolat des Pères trappistes de Mistassini. Aujourd’hui, les ventes de chocolat couvrent 50 % des frais de la communauté de Mistassini, alors que les pensions de vieillesse, la foresterie, les offrandes faites lors des messes et l’hôtellerie comblent la balance. 

Judy Ouellet, responsable de l’experience client et le père Clément, moine et président du CA de la chocolaterie

6. UNE TRADITION ENTREPRENEURIALE

À l’abbaye Notre-Dame de Mistassini, fondée en 1892 lorsqu’un groupe de moines d’Oka se sont implantés au Lac-Saint-Jean pour favoriser la colonisation, les pères ont d’abord brassé des affaires en foresterie, puis en agriculture, lors de la fondation d’une meunerie et d’une beurrerie. Ce n’est qu’en 1941 qu’ils deviennent partenaires dans la confiserie Bonbons Saguenay, avant de devenir les propriétaires uniques en 1944. Ils décident de lancer une gamme de chocolats de Pâques. Une décision qui fait le bonheur des résidants de la région à Pâques, mais aussi pendant la période de production des bleuets frais enrobés de chocolat, qui ne dure que six semaines !

7. PRÈS DE 3 MILLIONS DE POULES EN CHOCOLAT!

Lors de la visite du Quotidien au monastère, la chocolaterie roulait à plein régime pour produire près de trois millions de poules en chocolat pour Pâques, en plus des 17 figurines animales de 25 à 1600 grammes. Lors de votre prochaine visite, vous pourrez probablement rencontrer le père Augustin, qui y travaille encore presque tous les jours à la boutique du haut de ses 86 ans.

8. UNE COMMUNAUTÉ VIEILLISSANTE

Alors que l’on comptait jadis une soixantaine de moines à l’abbaye Notre-Dame de Mistassini, ils ne sont plus que 10 en 2018, avec une moyenne d’âge de 74 ans. La moitié d’entre eux sont d’ailleurs devenus moines avant le concile du Vatican II (de 1962 à 1965), et certains ont une expérience monastique de plus de 70 ans. 

9. RELÈVE À L'ESSAI

Depuis 1993, aucun nouveau moine ne s’est établi durablement au monastère de Mistassini. Si quelques-uns ont tenté leur chance, aucun candidat n’est demeuré plus de six mois. Un nouveau postulant, Jimmy Carbonneau, 44 ans, arrivé en juin 2018, pourrait toutefois changer la donne. Il complète en ce moment son noviciat, qui durera deux ans, avant d’être admis à la « profession temporaire », qui peut durer de trois à neuf ans. Après avoir complété ces étapes, il pourra prononcer sa « profession solennelle ».

10. DES MOINES CONNECTÉS

Même s’ils sont isolés du reste de la société, les moines veulent tout de même rester connectés sur le monde. Le père Clément lit ainsi La Presse+ sur sa tablette tous les jours et plusieurs autres moines utilisent aussi des outils technologiques pour rester informés. À défaut d’avoir pris le virage technologique, certains moines regardent les informations télévisées internationales et nationales le soir.

Jimmy Carbonneau étudie lors de la période de lecture divine (lectio divina), entre 5h et 7h, du matin en prenant des notes sur sa tablette.