200 000 $ pour un fertilisant à base de résidus industriels

La Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi obtient une subvention de 200 000 $ du ministère des Affaires municipales. Cette somme lui permettra de mesurer le rendement d’un nouveau fertilisant produit avec des résidus provenant des procédés industriels des entreprises Rio Tinto et Résolu pour les cultures sylvicoles.

L’annonce a été faite mardi par la ministre des Affaires municipales et députée de Chicoutimi, Andrée Laforest. Il s’agit d’une somme provenant du Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR). Selon le communiqué du ministère, la Chaire en éco-conseil mesurera les effets de ce nouveau fertilisant à moyen terme sur la production sylvicole et la culture des bleuets sauvages.

« Je suis heureuse de constater que l’écologie industrielle est au centre de cette initiative. Les matières valorisables d’une activité deviennent la matière première d’une autre industrie et ainsi, la ressource est optimisée dans son entièreté. En diminuant les effets négatifs sur l’environnement, cette solution profitera à toute la collectivité », a déclaré la ministre dans le communiqué publié mardi matin.

Le projet se réalise sous l’égide du partenariat entre l’UQAC, Résolu, Rio Tinto, Gazon Savard et la Corporation d’aménagement forêt Normandin. La bleuetière de recherche et d’enseignement de l’UQAC située à Normandin sera utilisée pour mener l’étude.

« Ce projet témoigne de l’engagement de l’UQAC pour le développement de l’écologie industrielle dans notre région. Nous sommes fiers de cette symbiose entre les partenaires clés et notre équipe de recherche multidisciplinaire, qui travaille de concert avec des chercheurs des ministères fédéral et provincial. Ce projet structurant d’économie circulaire est porteur de solutions pour la gestion des matières résiduelles fertilisantes en région. Il devrait aussi aider les industries des pâtes et papiers, de l’aluminium, de la production sylvicole et du bleuet », a pour sa part déclaré la rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard.

+

«ENCORE LOIN DE LA COUPE AUX LÈVRES», SELON CLAUDE VILLENEUVE

La mise au point d’un nouveau fertilisant à base de résidus du procédé de production d’aluminium et de fabrication de pâte à papier constitue un exemple parfait d’écologie industrielle qui s’intègre dans le nouveau concept d’économie circulaire visant la réduction de l’empreinte écologique de l’activité humaine.

Claude Villeneuve, de la Chaire en éco-conseil de l’UQAC.

Le directeur de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi, Claude Villeneuve, précise qu’on est encore loin de la coupe aux lèvres dans ce projet initié en 2012 et qui vise à disposer des boues des papetières tout en limitant leur empreinte écologique. Ces boues représentent le second plus important volume de déchets que l’on doit en bonne partie enfouir au Québec chaque année.

Le biologiste rappelle qu’il y a trois façons de disposer de ces résidus. Il est possible de les épandre dans les champs agricoles selon certaines contraintes établies par les agronomes, les enfouir ou les brûler. 

« En général, les papetières procèdent à l’enfouissement sur des terrains privés. Il s’agit d’une méthode qui produit à la longue du méthane. »

L’idée de base du projet expérimental consiste à combiner les boues des papetières à un autre produit provenant de l’industrie de l’aluminium. Cette combinaison permettra, selon les hypothèses, d’obtenir un fertilisant de qualité. Claude Villeneuve explique que l’objectif est de créer un fertilisant qui coûterait trois ou quatre fois moins cher que ceux offerts sur le marché et qui pourrait être produit à proximité des lieux d’épandage.

« Il y a toutefois dans les boues des papetières des molécules plus difficiles à assimiler pour le sol. On ne peut pas se permettre d’épandre sur des terres vierges des contaminants. On a donc demandé aux gens du laboratoire LASEVE de l’UQAC de travailler sur le projet afin d’utiliser des bactéries et champignons qui permettraient de mieux digérer les molécules », explique Claude Villeneuve.

La recette de base est donc constituée des boues de papetières, de l’anhydride résiduel obtenu avec le sulfate de calcium chez Rio Tinto. Ce produit permettra de donner plus de corps aux boues des papetières.

« On avance qu’il faudra obtenir plus de bois à proximité des usines de transformation. On a donc choisi d’épandre le fertilisant dans des parcelles afin de comparer la croissance de ces plants avec celle de parcelles qui n’ont pas été traitées. Nous en étions à la première année. La subvention va nous permettre de nous projeter plus loin dans le temps afin d’obtenir des données scientifiques sur une plus longue période. »

Les travaux de recherche sont réalisés par l’équipe du professeur Patrick Faubert, qui a accepté de joindre la chaire en éco-conseil pour travailler spécifiquement sur la problématique des boues alors qu’il complétait un postdoctorat en Scandinavie. Jean Legault et André Pichette, du laboratoire LASEVE, ont offert une contribution importante.

« C’est intéressant de constater que ce projet de recherche est réalisé complètement dans notre département. On a l’expertise nécessaire pour mener à bien ces travaux à l’UQAC. »

L’UQAC a développé du début à la fin cette expertise qui pourrait être exportée partout où il y a des usines de pâtes et papiers. 

Il n’y avait aucun projet ailleurs dans le monde qui traitait spécifiquement de ces résidus et de la façon de les utiliser dans le cycle économique pour en disposer en éliminant la production de gaz à effet de serre dans un modèle économique intéressant autant pour l’industrie de l’aluminium que pour celle des pâtes et papiers.