Le ministre François-Philippe Champagne a discuté avec le président du SNEAA, Alain Gagnon, sous le regard attentif du député de Lac-Saint-Jean, Richard Hébert.

2 milliards $ pour supporter l’aluminium et l’acier

Ottawa n’abandonne pas les dirigeants et employés des domaines de l’acier et de l’aluminium au Canada et impose ainsi une surtaxe de 16,6 milliards de dollars sur tous les produits de ces industries en provenance des États-Unis à compter du 1er juillet.

De plus, Ottawa dégagera jusqu’à deux milliards de dollars pour protéger les emplois canadiens de l’acier et de l’aluminium, ainsi que pour défendre les intérêts des travailleurs à l’aide de divers programmes à l’innovation (250 M$), aux accords de travail partagé (38 à 76 semaines) et à la diversification des exportations mondiales (50 M$ sur cinq ans).

Le ministre du Commerce international du gouvernement Trudeau, François-Philippe Champagne, en a fait l’annonce vendredi sur les terrains du Centre de recherche et de développement d’Arvida (CRDA) de Rio Tinto, à Saguenay.

Le représentant du gouvernement canadien a notamment choisi les terrains de la multinationale de l’aluminium à Saguenay, car le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord figurent parmi les plus grands producteurs d’aluminium au Canada. Le ministre était particulièrement fier de procéder à ces annonces importantes sur les terrains où Arthur Vining Davis, le père de l’aluminium, a entrepris la construction d’Alcan il y a plus de 90 ans.

M. Champagne a précisé que l’industrie de l’aluminium et celle de l’acier représentaient l’excellence en région et ont créé une prospérité des deux côtés de la frontière. Cela a aussi permis d’obtenir une force stable dans les tissus sociaux économiques depuis des décennies au Canada. « Une stabilité qui se voit aujourd’hui menacée par l’imposition de droits douaniers sur l’acier et l’aluminium par nos alliés de toujours, les États-Unis», a-t-il indiqué.

Le ministre canadien François-Philippe Champagne décide aussi d’imposer une surtaxe aux produits de l’acier et de l’aluminium en provenance des États-Unis.

« Nous l’avons toujours dit, nous serons toujours, toujours, toujours aux côtés nos travailleurs face à l’adversité. Pour les travailleurs qui vivent les conséquences des mesures commerciales, qui minent l’intégrité du système commercial mondial et de la chaîne de valeurs la plus intégrée au monde, nous voulons défendre un système de coopération qui a créé une prospérité sans précédent en Amérique du Nord », a soutenu le ministre Champagne.

Ce dernier a rappelé que le gouvernement américain de Donald Trump affiche annuellement un surplus de deux milliards de dollars avec le Canada sur les exportations des produits du fer et de l’acier. Il ajoute que le Canada a toujours été une source sûre, sécuritaire et fiable d’acier et d’aluminium pour le marché américain. Le Canada est le premier client des États-Unis depuis des dizaines d’années et son plus fiable fournisseur.

« Les droits de douane imposés par les Américains le 1er juin dernier sur l’acier et l’aluminium canadiens sont contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OCC) et de l’ALÉNA. Ils vont à l’encontre de la prospérité qui a été bâtie ensemble », a-t-il exprimé

« Nous avions dit aux travailleurs que nous serions là pour eux et nous le montrons aujourd’hui. Le Canada imposera à compter du 1er juillet, en réaction directe aux droits de douane américains, des surtaxes sur les importations de l’acier, de l’aluminium et d’autres produits en provenance des États-Unis, à hauteur de 16,6 milliards de dollars. »

Ces contre-mesures correspondent dollar pour dollar à la valeur totale des exportations canadiennes de 2017 touchées par les surtaxes.

« Nous ne posons pas ces gestes de gaieté de coeur, mais par nécessité pour protéger nos travailleurs et notre industrie. C’est notre responsabilité de les défendre », a-t-il dit

Le ministre Champagne ne souhaite pas une escalade des représailles américaines à la suite de cette annonce. Il espère plutôt susciter un dialogue afin que les deux pays en viennent à une entente. Malgré tout, le représentant de Justin Trudeau s’attend à des moments houleux dans les semaines à venir. « De prévoir deux milliards de dollars pour protéger nos travailleurs, je crois que ça envoie un message clair au gouvernement américain », de conclure le ministre.

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UN MESSAGE CLAIR, ESTIME AUSSI JEAN SIMARD

« Il s’agit d’une annonce d’envergure et qui envoie un message clair à l’industrie de l’aluminium et au gouvernement américain. Le Canada ne se laissera pas manger la laine sur le dos. »

Président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard se réjouit des mesures annoncées par le gouvernement de Justin Trudeau pour contrer l’imposition de la surtaxe américaine sur les produits de l’acier et de l’aluminium exportés vers les États-Unis.

Et il apprécie aussi que l’aide annoncée soit aussi bien ciblée afin de protéger les petites et moyennes entreprises de deuxième et troisième transformation de l’aluminium.

« Le gouvernement a bien ciblé son aide aux PME qui transforment l’aluminium. On se devait d’éviter les dommages collatéraux avec la mise en place des mesures de taxation sur les produits en provenance des États-Unis », ajoute M. Simard.

Il faut savoir que plusieurs petites entreprises canadiennes font venir des produits d’aluminium du sud de la frontière et auront donc à payer 10 pour cent de surtaxe (celle du Canada).

« Mais ces PME qui font venir les produits, elles les transforment et les retournent aux États-Unis et doivent payer un autre 10 pour cent de surtaxe. Ça fait 20 pour cent au final. Si nos PME devaient avoir à payer ces sommes, ça mettrait rapidement en péril leurs opérations. Ça prend donc des mesures pour éviter cette situation et faire en sorte d’indemniser nos PME », mentionne le président de l’Association de l’aluminium du Canada.

Ce dernier espère que les entreprises n’auront pas à se battre dans les dédales gouvernementaux pour profiter des programmes canadiens.

« Comme on dit, le diable est dans les détails. C’est dans les prochaines semaines que nous allons pouvoir réaliser ce qui en est. Il faudra établir une vigie pour s’assurer que tout se passe bien. »

Concernant la possibilité que le président américain puisse y aller d’une escalade des mesures protectionnistes à la suite de la décision canadienne, Jean Simard ne le souhaite pas, mais s’attend à ce que ça puisse se produire.

« Nous nous trouvons dans un très mauvais film de série C, et rien ne dit que ça va monter d’une coche avec le président Trump en place. Il est possible qu’il ajoute d’autres mesures, et je ne sais pas où se trouve le dénouement. »

« Nous sommes comme dans une compétition de souque à la corde, et le Canada vient de se placer au milieu », de dire le président de l’Association canadienne de l’aluminium.

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CE QU'ILS ONT DIT

Alain Gagnon, président du Syndicat National des Employés de l'Aluminium d'Arvida (SNEAA)

 Alain Gagnon souhaite que les mesures canadiennes ne mettent pas en péril l’avenir des petites et moyennes entreprises. « Dans l’industrie de l’aluminium et tout ce qui s’y rattache, notamment les PME, il faut absolument être sensible au côté que c’est bien beau de refiler la taxe aux Américains, mais qu’en même temps, on touche la clientèle de nos PME. Leur clientèle est américaine et elle ne se gêne pas pour tirer la ‘‘plug’’. On se retrouve alors dans une situation où les PME n’ont plus de produits à offrir », lance M. Gagnon.

 « J’aime bien le côté innovation. Il faut profiter de l’occasion pour rebâtir une exportation différente. Dans la vie, jamais, rien n’arrive sans rien. C’est une belle tribune pour diversifier notre économie. Mais il ne faut pas oublier que notre premier partenaire reste les États-Unis. Mais le Canada va soutenir l’industrie afin de nous aider à garder la tête hors de l’eau et à traverser la tempête », ajoute le président du SNEAA.

Ne sachant pas à quoi s’attendre de Donald Trump, Alain Gagnon se félicite de voir que les gouvernements supportent l’industrie canadienne.

Karine Trudel, députée NPD de Jonquière

« Aujourd’hui, on voit ça d’un bon oeil. Mais le diable est dans les détails. Nous allons analyser la façon dont ce sera appliqué dans les PME. Ça touche une centaine d’entreprises dans la région, et ce sont des emplois importants. Il faut voir de quelle manière l’annonce pourra s’appliquer directement dans nos PME. »

Sylvain Gaudreault, député péquiste de Jonquière

« Je salue cette décision du gouvernement canadien. Nous ne pouvons accepter les mesures protectionnistes imposées par M. Trump. La question que je me pose est de savoir s’il y aura assez de cette somme pour les industries de l’aluminium et de l’acier. Surtout que M. Trump va aller dans l’escalade. Si le Canada met des mesures, il va en mettre d’autres. Pour Québec, le gouvernement, qui a mis du temps à réagir, doit être au rendez-vous pour accoter dans ses propres programmes les mesures du fédéral. »

Richard Martel, député conservateur de Chicoutimi–Le Fjord

« Il est important que le gouvernement réagisse. Le provincial avait été proactif. Dès l’annonce, Québec a parlé sur ce qui était pour arriver. C’est important pour les travailleurs et l’industrie. On se rallie à ça, car c’est de l’aide qui arrive. C’est important pour la région. La seule chose qui nous dérangeait, c’est qu’Ottawa n’avait rien prévu dans le budget au cas où ça se produirait. Mais avec l’annonce, on va dans le même sens. »