Marie Drouin offrait une conférence à une centaine de personnes, jeudi soir, à la salle François-Brassard du Cégep de Jonquière, à l’invitation de la Table de concertation sur la violence faite aux femmes et aux adolescentes de Jonquière.

15 ans dans l'enfer de la prostitution

Marie Drouin a eu besoin de 15 ans pour se sortir de l’univers de la prostitution. Elle est aujourd’hui une active pour la société et en tant qu’intervenante à la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), elle aide celles qui tentent à leur tour de s’échapper de ce milieu sans scrupules.

Mme Drouin offrait une conférence à une centaine de personnes, jeudi soir, à la salle François-Brassard du Cégep de Jonquière. Elle répondait à l’invitation de la Table de concertation sur la violence faite aux femmes et aux adolescentes de Jonquière. Plus ou moins habituée de donner des conférences, elle a pourtant livré un vibrant témoignage, sans passer par quatre chemins, devant un public captif.

Originaire de la Côte-Nord, Marie Drouin a connu une enfance difficile, avant de quitter le nid familial à l’âge de 15 ans vers Québec. C’est à cet âge qu’elle a mis les pieds une première fois dans la prostitution.

« C’est une histoire tout à fait banale. J’étais en amour avec un gars, qui a fini par me prostituer, a-t-elle laissé tomber. J’étais en manque d’amour et en même temps, j’avais une faible estime de moi. »

Après un court passage dans le Bas-Saint-Laurent, où elle a tenté de retrouver le droit chemin, Marie Drouin a finalement pris le chemin de Montréal. Elle s’est liée d’amitié avec des filles... qui se prostituaient. C’est alors qu’elle a renoué avec cet univers. Relations sexuelles à répétition, drogue, qualité de vie quasi inexistante, violence ; elle a découvert tous les mauvais côtés de l’industrie. Mais à ce moment, elle n’y voyait pas que du négatif.

« On se crée un certain tissu social en se liant d’amitié avec les autres filles, on voit beaucoup d’argent, même si ce n’est qu’une illusion parce qu’on ne touche pratiquement rien de ce qu’on fait en accumulant les clients », a convenu Marie Drouin.

Mais un jour, elle a décidé qu’elle en avait assez. « Je venais de me faire violenter par un client et je me suis dit : “La prochaine fois, il me tue.” », a-t-elle confié. Elle avait pourtant tenté à plusieurs reprises de quitter cet univers malsain, sans succès. Elle a même amorcé un baccalauréat en travail social en même temps que son « emploi » de prostituée.

C’est un travail en comptabilité, dénichée alors qu’elle avait 28 ans, qui a permis à Marie Drouin de se sortir la tête hors de l’eau pour de bon. Une fois libérée de ses démons, elle a eu du mal à s’extirper complètement de son ancienne vie.

« Je n’ai jamais reparlé de la prostitution avant l’âge de 45 ans », a-t-elle raconté, soulignant qu’elle a craint d’être retracée par ceux qui avaient une emprise sur elle.

« J’ai engraissé volontairement et je me suis coupé les cheveux parce que j’avais peur qu’on me reconnaisse », a souligné Mme Drouin.

En région aussi

Marie Drouin a vécu la prostitution dans les grands centres de Québec et de Montréal, mais elle assure que la situation n’est pas plus rose dans les régions.

« La prostitution est différente, mais elle est là quand même », a-t-elle exposé, citant en exemple les bars de danseuses qui sont parfois la porte d’entrée au proxénétisme.

Active dans son milieu, Marie Drouin a retrouvé la quiétude après 15 ans de noirceur. Comme quoi la lumière demeure accessible, malgré les lourdes épreuves.

« Je ne peux pas dire que ç’a été facile, mais aujourd’hui, ça va bien, a-t-elle réagi avec le sourire. J’ai une vie normale, je travaille et j’ai un nouveau réseau social. Ç’a été long, mais la vie est belle maintenant. Tout va bien. »