Les gouvernements fédéral et provincial ont convenu du financement de projets de démantèlement de chemins d’accès forestier afin de protéger les hardes de caribous.

13,5 M$ pour démanteler des routes forestières du Québec

Le gouvernement du Québec va investir 13,5 M$, au cours des deux prochaines années, pour le démantèlement de routes forestières, afin de mettre en place une stratégie caribou qui comprend aussi la désignation d’une protection administrative sur une superficie de 28 470 kilomètres carrés, à l’intérieur de la planification forestière opérationnelle.

Nonobstant les déclarations publiques du gouvernement caquiste sur le report en 2022 de la stratégie caribou, l’État poursuit la mise en œuvre de toutes les démarches sur le terrain, incluant des travaux majeurs de démantèlement des routes d’accès, pour appliquer la norme fédérale maximale de perturbation de 35 %. Cela pourrait se traduire par une réduction de la possibilité forestière de plus ou moins 1 million de mètres cubes de bois et la disparition de 3000 emplois au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Calendrier de travail

Le document intitulé Accord de partage des coûts relatifs à la mise en œuvre de l’entente de collaboration pour la protection et le rétablissement des espèces en péril au Québec appliqué au caribou boréal et son habitat (2019-2022) confirme un calendrier de travail pour chacune des étapes à venir. Les deux gouvernements s’entendent sur la nature des interventions. Dans ce dossier, Ottawa peut imposer ses volontés aux juridictions provinciales.

Les chasseurs vont voir de plus en plus de panneaux de ce genre pour indiquer que le secteur fait partie d’un projet de démantèlement de chemin d’accès forestier.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a ainsi identifié pas moins de 28 « vastes espaces propices » au sud de la limite nordique. Il compte créer des massifs de protection de 1000 kilomètres carrés dans chacun de ces vastes espaces. Il s’agit de massifs composés en presque totalité de bois mature et dont la mise sous protection administrative aura un effet immédiat sur la possibilité forestière pour les essences de résineux.

L’entente stipule qu’il faut « réaliser des travaux de démantèlement et de reboisement des chemins forestiers actuels pour réduire l’empreinte permanente des perturbations pour la création des massifs de protection et [...] intégrer à la planification forestière une protection administrative de 28 470 kilomètres carrés de massifs de protection compris dans les zones d’habitats en restauration et les zones de connectivité (corridors entre massifs) ».

Au terme de ce processus, Québec aura la possibilité de convertir ces zones de protection administrative en aires protégées, ce qui éliminerait définitivement ces superficies des calculs de possibilité forestière, avec un impact permanent sur les volumes de bois attribués aux entreprises de transformation.

Le gouvernement du Québec a entre les mains les analyses économiques et sociales de la stratégie de rétablissement du caribou forestier. Les études en question ont été réalisées dans le cadre d’une entente similaire à celle citée plus haut, mais qui couvre les années budgétaires 2018-2019. Tout indique que ces documents ont été transférés au gouvernement fédéral, mais n’ont jamais été publiés au Québec.

L’entente 2019-2022 fait état de travaux, études ou interventions se chiffrant à 31 M$, avec une participation financière de l’ordre de 7 M$ du gouvernement fédéral. Au moins 50 % des dépenses vont à la création des massifs de protection.

Québec souhaitait augmenter les connaissances pour mieux comprendre le caribou forestier. Cette volonté ne se confirme pas dans l’entente, laquelle fait état de seulement 800 000 $ (3 %), réservés pour les acquisitions de nouvelles connaissances.

Depuis 2013, les gouvernements ont fait état de différentes stratégies en lien avec le caribou forestier. Malgré ces changements de discours, les conclusions sont toujours les mêmes, avec une diminution de la possibilité forestière de l’ordre de trois millions de mètres cubes pour le Québec (9000 emplois), dont un million uniquement pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean (3000 emplois).

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QUÉBEC ENTEND CONTRÔLER LES POPULATIONS DE LOUPS

Le gouvernement du Québec pourrait dépenser jusqu’à 8 M $ d’ici la fin de 2022 pour contrôler les populations de loups dans les régions de Charlevoix et du Saguenay–Lac-Saint-Jean, et ainsi mettre de la pression sur les proies alternatives de ce carnivore, dont l’orignal et le chevreuil, afin de protéger les hardes de caribous forestiers dans le cadre d’une série de mesures transitoires.

C’est du moins ce que l’on apprend dans le document gouvernemental intitulé Accord de partage des coûts relatifs à la mise en œuvre de l’entente de collaboration pour la protection et le rétablissement des espèces en péril au Québec appliqué au caribou boréal et son habitat. Le budget prévoit un premier montant de 6,2 M $ à l’item du contrôle des loups et des proies alternatives autres que le caribou, ainsi qu’une somme de 5,4 M $ accordée aux communautés autochtones qui effectueront également du contrôle des prédateurs et du démantèlement de chemins d’accès.

Ces informations contredisent en partie ce que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a laissé entendre, il y a quelques mois, quand une pétition a été lancée contre l’abattage des loups dans la région de Charlevoix. Il s’agissait d’une mesure destinée uniquement à la Réserve des Laurentides. La stratégie, qui vise à protéger les hardes de caribous, sera exportée dans les zones Manouane (nord du Lac-Saint-Jean) et Pipmuacan (nord du Saguenay).

En plus de l’abattage des loups, Québec compte accroître la pression sur les proies alternatives, l’objectif étant de diminuer à court terme et à moyen terme la nourriture disponible pour les loups, afin de réduire la taille des meutes et leur impact sur les hardes de caribous.

Lorsque l’état des hardes le requiert, Québec mise sur trois actions, soit « établir les balises pour la mise en œuvre du contrôle des prédateurs et des proies alternatives, maximiser le taux de survie par l’augmentation de la pression de prélèvement sur les prédateurs et réduire le niveau de population des proies alternatives par une pression accrue de prélèvement », selon le texte explicatif de l’entente financière.

Ours noir

Il s’agit d’un nouveau virage dans le dossier du caribou forestier pour les scientifiques. 

Au départ, le loup avait été identifié comme étant le prédateur à l’origine de la diminution des hardes dans la forêt boréale canadienne. Petit à petit, l’ours noir a remplacé le loup comme prédateur de faons, quelques jours après leur naissance. 

Les récentes études sur l’alimentation de l’ours noir confirment que cet omnivore préfère encore se nourrir de petits fruits et d’insectes, et non de faons. L’ours noir n’est donc plus considéré comme un problème. 

Le loup est ainsi redevenu le prédateur problématique, comme en témoignent les décisions du ministère de mettre en place des programmes de prédation du loup.