«Depuis le début du mois de janvier, je fais entre 120 et 130 heures par semaine. En 35 ans, j’en ai vu d’autres, mais là, il neige toujours. Ça n’arrête pas! Mais c’est correct, c’est notre job. Heureusement que j’adore mon métier», lance-t-il en entrevue avec Le Soleil.

130 heures de travail par semaine pour un déneigeur

Plusieurs entreprises de déneigement font de bonnes affaires avec les importantes chutes de neige survenues depuis le début de 2019.

Cette manne a cependant un revers, celui de la surcharge de travail qui s’abat cette année sur les déneigeurs qui vivent leur hiver le plus chargé depuis 2008.

René Morency, qui est entrepreneur en déneigement depuis 35 ans, voit les heures de travail s’accumuler depuis quelques semaines, tant pour lui que pour ses sept employés et 12 sous-­traitants. «Depuis le début du mois de janvier, je fais entre 120 et 130 heures par semaine. En 35 ans, j’en ai vu d’autres, mais là, il neige toujours. Ça n’arrête pas! Mais c’est correct, c’est notre job. Heureusement que j’adore mon métier», lance-t-il en entrevue avec Le Soleil.

M. Morency avoue que plusieurs de ses employés ont un surplus de travail important ces jours-ci. «On a transporté 61 voyages de neige pour la Ville de Québec. À deux chauffeurs, le camion vire 24 heures sur 24», poursuit-il.

Bien sûr, il doit donner des heures de repos à ses travailleurs après 14 heures de travail. «Moi aussi, je dois me reposer, mais je suis le patron, c’est à moi la compagnie et j’avoue que des fois, j’en fais un peu plus pour remplacer mes employés ou leur donner un coup de main», avoue-t-il.


« Bien honnêtement, je n’ai pas vu ça souvent depuis 1984. Je n’avais jamais vu une caisse populaire fermer ses portes et Orléans Express arrêter ses activités une journée complète, mais je l’ai vu cette année »
René Morency

Les journées de 15 à 18 heures ne sont donc pas vraiment rares pour lui ces jours-ci. «Nous avons des contrats commerciaux, fédéraux, provinciaux et municipaux. Un hiver normal, on effectue de 35 à 40 sorties, mais cet hiver, on est déjà rendus à plus de 60 sorties! On a déjà reçu environ 305 cm de neige et il reste au moins 45 jours d’hiver durant lesquels peuvent survenir d’importantes chutes de neige», explique M. Morency.

Inédit depuis 1984

«Bien honnêtement, je n’ai pas vu ça souvent depuis 1984. Je n’avais jamais vu une caisse populaire fermer ses portes et Orléans Express arrêter ses activités une journée complète, mais je l’ai vu cette année», reprend-il. «Cette semaine, on doit avoir reçu près de 65 cm de neige. C’est énorme. Par contre, en 2008 et en 1997, on avait déjà vu des 100 cm de neige en une semaine.»

M. Morency indique que les autres déneigeurs qu’il connaît vivent la même situation. «Ils sont tous aux prises avec un surplus de travail. Moi, ça va, car je “charge” le prix en conséquence. Ceux qui ne “chargent” pas le prix en conséquence vont trouver ça dur. Plusieurs s’improvisent déneigeurs et, souvent, je reprends les contrats de ces entreprises, car elles n’y arrivent pas.»

Félix Lambert, propriétaire de l’Escouade des Neiges, et ses 25 employés ne manquent pas de travail non plus. Spécialisée dans le déneigement des toitures en pente dans le Vieux-Québec, l’entreprise fonctionne à plein régime. «On fait tous de 40 à 50 heures par semaine, car le Vieux-Québec a des besoins particuliers qu’on ne retrouve pas ailleurs», souligne-t-il.

Pour M. Lambert, ce n’est pas tant la grande quantité de neige que les épisodes de pluie et de verglas qui s’y sont ajoutés qui lui ont amené du boulot. «La configuration de la ville, l’architecture et l’isolation, qui est de moyenne à médiocre dans ce secteur, font qu’il y a souvent accumulation de glace et infiltration d’eau. Ça complique le travail et ralentit les opérations», conclut celui qui n’hésite pas à dire qu’il s’agit de son hiver le plus chargé depuis l’hiver record de 2008 qui avait amené 558 cm de neige sur Québec.