Sylvain Sirois, répondant politique de l’APTS, Yves Tremblay, président de l’exécutif transitoire du syndicat, et la travailleuse sociale Nancy Poulin ont procédé au lancement de la campagne « Allô, y’a quelqu’un », afin de sensibiliser les élus et la population à la surcharge de travail qui limite les professionnels dans leur prestation de service.

100 enfants sur la liste d’attente en ce moment

« Quand un enfant ne saigne pas assez, il risque d’attendre trois mois. Malgré la catastrophe (mort d’un enfant), il n’y a pas eu d’investissement. Est-ce qu’ils attendent qu’il en arrive une autre ? »

La déléguée syndicale de l’Association du personnel professionnel et technique en santé et travailleuse sociale (APTS), Nancy Poulin, a peint un tableau particulièrement sombre de la situation qui prévaut au Centre jeunesse du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elle y allait de cette sortie dans le cadre de la campagne « Allô, y’a quelqu’un », lancée par le syndicat qui représente 2500 membres dans la région.

Tous les corps professionnels sont touchés par les compressions budgétaires et l’abolition de postes. Dans le cas du Centre jeunesse, la situation se détériore au rythme où les signalements augmentent et en ce moment, 100 jeunes se retrouvent sur une liste d’attente et verront leur évaluation réalisée dans trois mois.

« On ne peut pas imaginer se rendre à l’urgence et qu’il n’y ait pas d’infirmière pour donner les services. Au Centre jeunesse, vous mettez 100 enfants en attente et il n’y a personne pour leur donner le service. C’est l’image qu’il faut retenir de la situation que nous vivons. Ça signifie qu’il va y avoir un retard dans les plans d’intervention. Or, plus nous attendons, plus on risque de devoir retirer l’enfant de la famille », reprend Nancy Poulin.

Ce sont, pour la majorité de ces enfants, des cas qui se retrouvent dans la catégorie 3 ou qui sont victimes de négligence de la part des parents. Ça signifie que leur développement est menacé. Selon la travailleuse sociale, la Loi sur la protection de la jeunesse n’est pas toujours respectée à la lettre quand les suivis ne sont pas effectués.

La déléguée syndicale estime qu’il faudrait une quinzaine de travailleurs sociaux et techniciens en travail social de plus pour faire face à la demande. Le CIUSSS a dégagé 30 postes en surplus pour soutenir les équipes, mais ces ajouts ne sont pas suffisants et n’ont pas le même impact que des ressources intégrées aux activités normales.

Un manque de relève

La travailleuse sociale identifie aussi un sérieux problème de relève. Elle soutient que le gouvernement a tellement imposé de compressions budgétaires dans les centres jeunesse que les étudiants sont informés très rapidement que le cadre professionnel n’est pas intéressant en raison de la surcharge. Chaque travailleur social doit s’occuper de 22 enfants et il n’est pas rare qu’on lui demande de prendre la relève quand un collègue part en congé maladie. 

Le président du syndicat, Yves Tremblay, soutient sa collègue du Centre jeunesse et assure que les problèmes de surcharge de travail sont le lot des autres professionnels. En fin de compte, ce sont les personnes qui bénéficient des soins dans les différents centres spécialisés (déficience intellectuelle et autres) qui voient les services d’éroder au fil des mois.

« Quand un jeune déficient intellectuel ne reçoit pas de service, il passe plus de temps dans sa chaise berçante et ne peut pas se plaindre », évoque Yves Tremblay pour illustrer ce qu’il avance.

Plus de travail administratif

Le syndicat fait ressortir une autre problématique qui diminue le temps de travail alloué aux bénéficiaires. La création du CIUSSSS a entraîné, selon Yves Tremblay, une augmentation du travail administratif pour les professionnels qui ne cessent de rendre des comptes aux supérieurs. Il n’est pas rare que des professionnels passent au moins 50 % de leur temps de présence au travail au travail administratif.

Le temps supplémentaire obligatoire n’existe pas dans la catégorie des professionnels. Nancy Poulin mentionne qu’il n’est pas rare que ses collègues se retrouvent au bureau en soirée pour compléter des dossiers puisqu’ils ne sont plus assez nombreux pour répondre aux signalements.

+ Couillard interpellé

L’Association du personnel professionnel et technique en santé (APTS) du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean interpelle le premier ministre du Québec Philippe Couillard pour un réinvestissement dans le réseau afin de redresser la situation.

En point de presse lundi, les représentants de l’APTS sont revenus sur les récentes déclarations de la présidente et directrice générale sortante Martine Couture à l’effet que les choses allaient bien dans le nouveau CIUSSS. Au contraire, les représentants syndicaux considèrent que la situation ne cesse de se dégrader avec les compressions budgétaires à répétition.

« On ne le dit pas ouvertement, mais on abolit des postes régulièrement », précise Yves Tremblay. Il fait référence à son secteur où sept postes permanents ont disparu.

Sylvain Sirois demande aux députés de la région de faire les pressions nécessaires afin d’obtenir de nouveaux investissements dans le réseau pour régler les problèmes sur une base permanente et pas seulement à la pièce.

Le Centre jeunesse et la DPJ n’ont pas été épargnés avec des coupures de l’ordre de 6 M$ dans les budgets de fonctionnement. « Le gouvernement péquiste a commencé et celui du PLQ a très bien effectué le travail », a ironiquement déclaré Nancy Poulin.

Le syndicat refuse de condamner la direction du CIUSSS pour la situation catastrophique dans laquelle se retrouvent les professionnels. Selon Yves Tremblay, le ministère de la Santé et des Services sociaux et le ministre Gaétan Barrette doivent assumer l’entière responsabilité de cette situation et apporter les correctifs qui s’imposent.