Julie Miville-Dechêne a rencontré les étudiants d’ATM, mercredi midi, au Cégep de Jonquière.

« Un Sénat pas parfait, mais en transformation », - Julie Miville-Dechêne

Nommée depuis un an et demi, la sénatrice indépendante du Québec, Julie Miville-Dechêne, tente de démystifier le rôle du Sénat et, surtout, d’éliminer certains préjugés à son égard. Elle rencontre donc les étudiants à travers le Québec pour leur parler d’une institution « pas parfaite, mais en transformation ».

Mercredi midi, l’ancienne journaliste et ombudsman de Radio-Canada était de passage au Cégep de Jonquière devant 100 étudiants du département d’Art et technologie des médias (ATM). Il s’agissait de son second passage, puisqu’en mars 2006, elle s’était entretenue avec les étudiants sur le consentement sexuel alors qu’elle était présidente du Conseil du statut de la femme.

Selon la sénatrice, plusieurs événements sont venus ternir la réputation du Sénat, au cours des dernières années. Dépenses excessives, partisanerie et harcèlement sexuel, notamment, ont contribué à « affaiblir l’institution ».

« Il y a une réforme en cours, le Sénat est en train de changer. Nous sommes maintenant une majorité de sénateurs indépendants. Et je pense qu’il est important de parler aux jeunes des institutions. Qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas, les institutions politiques, le Parlement, ça existe. Et c’est important que tout le monde sache qu’il y a des changements au Sénat », a expliqué Mme Miville-Dechêne.

Elle rappelle que la réforme « incomplète, mais intéressante » a été mise sur pied par Justin Trudeau après son élection en 2015. Sélectionnés par un comité de fonctionnaires et nommés par le premier ministre, les sénateurs seront désormais indépendants.

« Le Sénat était devenu extrêmement partisan. De façon générale, les sénateurs votaient selon l’affiliation de leur parti », a-t-elle dénoncé devant les étudiants attentifs à ses propos.

Elle a rappelé que son collègue André Pratte avait quitté ses fonctions il y a quelques semaines. L’ancien éditorialiste à La Presse terminait d’ailleurs sa lettre de démission en souhaitant « la modernisation du Sénat, visant à en faire une chambre plus efficace et moins soumise à la discipline de parti ».

« J’essaie, quand je ne siège pas, de parler de l’institution, du métier de sénatrice. En faisant ça, je démystifie ce qu’est le Sénat. Je montre que n’importe qui, avec un petit bagage de vie, peut aspirer à être sénateur. C’est un métier difficile parce qu’il faut comprendre des lois qui sont dans toutes sortes de domaines. On a beaucoup de pouvoir, mais il faut faire preuve de sagesse. »

En effet, le rôle du Sénat est de réviser, de proposer des amendements, d’adopter ou de rejeter des lois déjà adoptées par la Chambre des communes. Les sénateurs québécois, quant à eux, s’assurent également que les intérêts de la province soient respectés. « Oui, on peut faire beaucoup de choses de l’extérieur. On peut manifester, faire des pressions, mais on peut aussi choisir dans un moment de sa vie de devenir parlementaire et de voir de l’intérieur comment on peut changer la société », a souligné Mme Miville-Dechêne après la conférence.

Selon la sénatrice, 37 % de la population a une image assez positive du Sénat, contre 45 % qui a une image assez négative. « Mais il y a une amélioration de la perception depuis 2006. » Elle se réjouit du fait que l’institution soit composée à 47 % de femmes et que plus de 10 % des sièges soient occupés par des Autochtones.

Julie Miville-Dechêne sera de passage à l’Université du Québec à Chicoutimi, jeudi.

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UNE LOI ESSENTIELLE

Dans la mire de trois grands projets industriels, soit GNL Québec, Arianne Phosphate et Métaux BlackRock, le Saguenay–Lac-Saint-Jean pourrait être touché directement par le projet de loi C-69, celui qui crée une nouvelle agence et un nouveau processus d’évaluation de tous les impacts des grands projets de ressources et de transport, y compris les mines, les pipelines interprovinciaux et les routes. Ce projet de loi, qui a été adopté en juin, fait en sorte que les grands projets seront évalués sous les angles environnemental, social et économique. Au total, les sénateurs ont apporté plus de 180 amendements au projet de loi des libéraux.

« Si les promoteurs décident d’aller de l’avant, le projet sera soumis à un examen environnemental approfondi sans doute du gouvernement fédéral et du gouvernement du Québec aussi. Cette loi qu’on a passée est essentielle. Il faut que le projet contribue à l’essor économique d’une région et que le projet respecte un certain nombre de critères environnementaux », a mentionné Julie Miville-Dechêne, au sujet du projet Énergie Saguenay de GNL Québec. 

« Ce sont des évaluations importantes qui prennent des mois et qui déterminent l’essor économique d’une région. Et c’est pour ça que c’est devenu un tel enjeu au Sénat. D’un côté, il y avait les environnementalistes qui disaient le projet de loi C-69 était minimal, que ce n’était pas encore assez pour s’assurer qu’on respecte nos règles en matière de changements climatiques. Et de l’autre côté, il y avait les groupes de pression pétroliers, de gaz naturel et les chambres de commerce qui disaient que le projet de loi allait trop loin et qu’il allait créer des barrières au développement. »

Selon la sénatrice, ce projet de loi n’est pas parfait, « mais il est certainement meilleur que ce qu’il y avait avant ».