Égide Kagimbura a aidé Jean-Paul Coulombe à retrouver sa famille biologique, au Rwanda.

« Je croyais être seul au monde » : découvrir sa famille à 30 ans

Jean-Paul Coulombe, né au Rwanda en 1990, avait deux ans lorsqu’il a été adopté à Saguenay. C’était il y a 28 ans. Jusqu’à tout récemment, il ignorait tout de ses origines et il était loin de se douter que sa famille biologique était toujours en vie, quelque part dans un petit village du nord du pays africain. Et s’il se prépare à rencontrer son père, ses deux soeurs, ses deux frères et son demi-frère, c’est grâce à Égide Kagimbura, un Rwandais installé au Saguenay depuis plusieurs années. Récit d’une histoire qui a commencé par une simple rencontre, qui aurait pu ne jamais avoir lieu.

Jean-Paul Coulombe est officier de l’aviation à la Base militaire de Bagotville depuis 10 ans. Né au Rwanda il y a 30 ans, son père a été contraint à le placer en adoption puisqu’il n’avait plus les ressources nécessaires pour s’occuper d’un cinquième enfant. La mère biologique de Jean-Paul Coulombe est décédée cinq mois après sa naissance, mais la cause de sa mort n’est pas connue.

Il faut se remettre dans le contexte des années 1990 du Rwanda pour comprendre un peu ce qui a pu se passer. Si le génocide rwandais a éclaté en 1994, la guerre civile faisait déjà rage dans le nord du pays au début des années 90. Et c’est dans un petit village touché par la guerre que Jean-Paul a vu le jour.

Jean-Paul Coulombe a pu voir des photographies de sa famille, qui vit toujours au Rwanda, dans un petit village du nord du pays.

Il a finalement quitté le pays en 1992, avec les Soeurs de Notre-Dame du Bon-Conseil de Chicoutimi, qui auront mis en adoption plusieurs petits Rwandais en détresse à cette époque. Jean-Paul Coulombe a donc atterri au Saguenay, endroit qu’il n’a pas quitté depuis. M. Coulombe a 30 ans aujourd’hui. Il mène une belle carrière au sein des Forces canadiennes et est heureux. Mais il lui manquait quelque chose pour avancer.

« Vous savez, il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Je ne savais rien de ma culture, de mes racines, de mes parents. J’avais un vide à ce niveau-là et je me posais beaucoup de questions », raconte Jean-Paul Coulombe.

Après quelques recherches, l’automne dernier, il réussit à trouver son acte de naissance et son passeport de l’époque, grâce aux Soeurs de Notre-Dame du Bon-Conseil. Tout ce qu’il avait, c’est son nom et celui d’une ville. Jean-Paul Mpoberabanzi et Byumba. Mais il n’en savait pas plus.

Jean-Paul Coulombe fera la connaissance de ses deux frères, de son père, de ses deux soeurs et de son demi-frère, en mars prochain.

Deux mois plus tard, soit en décembre dernier, Jean-Paul Coulombe se rend à l’hôtel Le Montagnais pour un souper de Noël entre collègues. C’est là qu’il fait la rencontre d’Égide Kagimbura, qui travaille comme agent de sécurité. Égide est un Rwandais qui a quitté le pays déchiré par le génocide, à l’âge de 20 ans, en 1998. Il a vécu les atrocités de 1994 et a pu fuir quelques années plus tard.

En voyant Égide, Jean-Paul Coulombe remarque quelques ressemblances physiques avec lui et s’approche pour lui demander s’il est, lui aussi, Rwandais. Les deux hommes commencent à discuter et Jean-Paul lui explique qu’il ignore d’où il vient et qu’il aimerait évidemment en savoir plus sur son pays d’origine et sur ses racines.

Égide Kagimbura est intrigué par son histoire. Ayant encore plusieurs de ses proches au Rwanda, il demande à Jean-Paul de lui fournir tous les indices qu’il a sur sa naissance.

Une histoire d’amitié est née entre Égide Kagimbura et Jean-Paul Coulombe au fil des découvertes.

« J’ai tout de suite eu envie de l’aider à trouver des réponses. Je comprenais son désir de vouloir savoir d’où il venait », raconte Égide Kagimbura.

Une fois qu’il a les papiers en main, Égide les envoie à son oncle, Jean-Bosco Murengera-Ntwali, qui vit à Kigali. Militaire retraité, M. Murengera-Ntwali connaît beaucoup de monde au pays et sait un peu où chercher. Il se lance donc à la recherche de la famille de Jean-Paul Coulombe.

En deux jours, après plusieurs démarches et kilomètres de route, l’homme fait une incroyable découverte. Non seulement il trouve la famille de Jean-Paul, mais apprend que tout le monde est toujours vivant. Ses deux soeurs, ses deux frères et son père. Jean-Paul a aussi un demi-frère, puisque le patriarche s’est remarié plus tard. Après avoir rencontré les membres de la famille de Jean-Paul, l’oncle d’Égide communique la nouvelle à son neveu et lui envoie des photographies.

Lorsque Jean-Paul a vu la photo de sa soeur aînée, il a cru se voir lui-même, tant la ressemblance est frappante.

« Je voulais le dire à Jean-Paul de vive voix, c’était trop une grosse nouvelle ! », explique Égide.

« Lorsqu’il m’a dit vouloir me parler en personne, je m’attendais à ce que toute ma famille soit disparue. Jamais je ne m’attendais à ça. C’est un peu comme un aveugle qui retrouve la vue. Une explosion d’émotions », a affirmé Jean-Paul Coulombe.

« J’ai énormément pleuré, car j’ai toujours cru que j’étais seul au monde, comme Corneille ! », souligne le jeune homme, encore sous le choc.

« Tout ça, c’est grâce à Égide et son oncle. Ils ont vraiment changé ma vie. Ignorer d’où on vient et ensuite savoir qu’on a une famille, c’est tout un sentiment », ajoute M. Coulombe.

Les retrouvailles auront lieu en mars, lorsque Jean-Paul Coulombe s’envolera pour le Rwanda, un pays qu’il n’a jamais revisité après l’avoir quitté, à deux ans. Il n’a aucun souvenir de cette époque.

L’oncle d’Égide joue le rôle d’interprète, puisque les membres de la famille de Jean-Paul parlent la langue locale, c’est-à-dire le kinyarwanda. Ils n’ont pas accès à Internet et la communication est difficile dans leur petit village nommé Nyankenke.

« J’ai reçu des photos et des messages de mon père, traduits par l’oncle d’Égide. Il me dit que le jour où il pourra me voir devant lui et m’embrasser, il pourra être tranquille. Là, il ne dort plus ! Selon ce que j’ai appris, il me croyait mort. Il pensait que je n’avais même jamais quitté le pays en raison de la guerre », explique Jean-Paul Coulombe.

C’est en mars prochain que les retrouvailles auront lieu. D’ici là, Jean-Paul Coulombe essaiera d’apprendre quelques mots de la langue locale. Mais l’oncle d’Égide sera aussi présent, afin de faciliter le dialogue.

« Je veux tellement les remercier ! Sans eux, je n’aurais peut-être jamais retrouvé ma famille biologique. Égide a fait ça par pure générosité, c’est vraiment touchant. Nous sommes devenus amis, presque frères. Et je tiens aussi à remercier les Forces canadiennes, puisque mes employeurs me soutiennent vraiment beaucoup dans cette histoire », a souligné Jean-Paul Coulombe.

Au terme de ses recherches, le jeune homme craignait évidemment que ses proches ne soient plus en vie, mais il craignait aussi que son père et ses frères, par exemple, aient pu participer au massacre des Tutsis au Rwanda, en 1994. Heureusement, ce n’est pas le cas.

« Ça aurait pu arriver. Je ne sais pas encore si je suis Hutu ou Tutsi. Mais j’ai su que mon père avait pu se réfugier avec la famille dans un village protégé par l’ONU et les Forces canadiennes lorsque le génocide a éclaté. C’est drôle, parce qu’aujourd’hui, je travaille pour l’armée, qui a protégé ma famille il y a très longtemps », note le jeune homme, qui se dit impatient de faire la rencontre de ceux qui l’ont vu naître.