« C’est toute une tuile qui nous tombe sur la tête », se désole Alain Gagnon

Le président du Syndicat national des employés de l’aluminium (SNEAA-Unifor), Alain Gagnon, est en colère depuis qu’il a appris la suspension du projet AP60 visant l’ajout de 16 nouvelles cuves au Complexe Jonquière.

En entrevue, M. Gagnon a qualifié de faible le mot déception dans le dossier alors que tous les efforts et positionnements ont été déployés par les travailleurs pour en arriver à la concrétisation du projet. Il ajoute que la division aluminium de Rio Tinto a généré 1,3 milliard $ en bénéfices avec le développement de produits de niche et qu’hier, on s’est permis de mettre sur la glace les 16 cuves supplémentaires d’AP60. « Je suis déçu et je trouve décourageant de voir qu’il n’y a qu’une vision comptable au sein de la compagnie. On a été achetés par une minière qui est habituée de dire ‘‘on arrête les machines et on coupe la strap’’. C’est toute une tuile qui nous tombe sur la tête. Ça reste que c’est inacceptable », affirme-t-il.

Le leader syndical rappelle les combats qui ont été menés dans le passé pour préserver les activités de l’Usine Vaudreuil censée fermer ses portes en 2009, celui réalisé pour la poursuite de la production des salles de cuves précuites qui devait cesser leur production en 2014.

M. Gagnon convient qu’un vent de travers souffle sur l’industrie de l’aluminium avec les guerres commerciales, l’imposition de tarifs récents, mais il ajoute que la direction doit faire preuve de vision pour l’avenir en se positionnant dès maintenant alors que les analystes prévoient des hausses de la demande d’aluminium de l’ordre de 5 % à 6 % en 2022.

Selon lui, il n’y aura jamais de bons moments pour Rio Tinto de se repositionner et c’est pourquoi il est temps d’interpeller le gouvernement et l’Assemblée nationale afin que les députés se positionnent derrière les travailleurs.

Il rappelle qu’outre les travailleurs et les syndicats qui ont mis la main à la pâte, le gouvernement a consenti de grands avantages à la compagnie en 2006 en accordant un prêt de 400 M $ sans intérêt étalé sur 20 ans, en renouvelant les droits sur la production d’hydroélectricité, l’expansion de la centrale Shipshaw, etc.

« Les avantages, c’est assez. On demande à nos élus de mettre de la pression sur la compagnie. On a fait ce qu’on avait à faire. »

La décision de reporter indéfiniment l’expansion de l’Usine AP60 vient, selon lui, fragiliser l’avenir des emplois au Complexe Jonquière et des salles de cuve précuites dont l’échéance de fermeture arrivera bientôt à terme.

Il conclut en affirmant qu’avant d’en arriver à la concrétisation de grands projets industriels axés sur l’énergie ou les mines (GNL Québec, Ariane Phosphate, Métaux BlackRock), la population doit se battre pour les projets dont les plans sont déjà sur la table.