Chronique|

J’ai succombé à Chouchou

CHRONIQUE / « Tu es un peu trop féministe ! » 


C’est mon collègue qui m’a répondu ça, au début de l’automne, lorsque je lui ai expliqué que je n’écoutais pas la série Chouchou. Il me demandait si je suivais cette nouvelle série qu’on peut qualifier de petit phénomène télévisuel de l’année. Je lui avais répondu que non, puisque je trouvais le sujet sexiste. Comment ça ? Parce que si les rôles avaient été inversés, cette série n’aurait simplement jamais été diffusée. C’est un peu ça, le sexisme, peu importe le sexe.

Enfin bref, mon collègue m’a gentiment traitée de féministe, ce qui est absolument vrai, bien que le terme ne colle pas vraiment à cette situation. 

Je n’ai donc pas écouté les premiers épisodes de Chouchou. Et entendre des gens parler d’un sujet « tabou » abordé dans la série, ça ne m’incitait en rien. Ce n’est pas tabou, c’est illégal. Il n’y a rien qui m’horripile davantage que la romance de crime sexuel. 

On l’a tellement fait par le passé, pourquoi ne pas (enfin) passer à autre chose. 

J’avais finalement tout faux. 

J’ai cédé à la tentation en mi-saison, lorsque la série a commencé à jouer sur ma télé. Sans que je m’en aperçoive, j’ai été hypnotisée. Et j’ai finalement regardé le reste de la série. Bon, je n’ai pas vu les scènes d’amour entre les deux personnages et ça ne me manque pas vraiment. Comme mon collègue Normand, j’ai entendu des horreurs sans fin, au palais de justice, et je sais comment ce genre de délit peut briser des familles. 

Mais c’est justement ce que cette série a su aborder, sans tomber dans le cliché de la passion amoureuse interdite. Par chance, le personnage de Sandricks allait avoir 18 ans dans quoi, trois minutes et quart, ce qui m’a un peu calmée, bien que ça reste totalement illégal. Mais ce qui m’a le plus séduite, dans cette série, c’est évidemment le personnage et l’interprétation magistrale d’Évelyne Brochu dans le rôle de Chanelle. Une femme dont les agissements se sont transformés en un tsunami qui a déferlé dans toutes les sphères de sa vie, n’épargnant absolument rien au passage. Je l’ai aimé, cette Chanelle, j’ai eu de l’empathie pour elle. Aurais-je ressenti ces mêmes émotions si les rôles avaient été inversés ? Je n’en sais rien.

Simon Boulerice aurait très bien pu tomber dans la romance caricaturale et nous offrir une histoire à l’eau de rose avec une fin de conte de fées. Heureusement, ce ne fut pas le cas. Loin de là. Tous les personnages ont été brisés. Certains se sont reconstruits, d’autres le feront plus tard, certains peut-être jamais. 

Chouchou a su montrer toutes les subtilités et les dualités de l’être humain de magnifique manière. Et surtout, le talent d’interprétation hors norme de ses acteurs. Ils auraient très bien pu se casser la gueule, puisque le scénario avait toutes les apparences d’un couteau à deux tranchants.

Je continue de croire que cette histoire n’aurait jamais passé si les rôles avaient été inversés, mais l’ensemble de l’oeuvre m’a réconciliée avec ce sujet qui n’a absolument rien d’une romance.