Jean-Jules Soucy: une oeuvre dont la portée est universelle [VIDÉOS]

Jean-Jules Soucy, en 2008

L’artiste Emmanuel Galland travaillait au Centre Clark, à Montréal, lorsqu’il a fait la connaissance de Jean-Jules Soucy, en 1998. On lui avait parlé de cet artiste de La Baie qui faisait des choses inhabituelles, ce qui l’avait convaincu de lui téléphoner. Après une heure de conversation, une amitié était née.


« Je préparais une exposition collective intitulée Les Bricolos. Je ne savais pas qui était Jean-Jules, mais pendant nos échanges, j’ai senti son humanité, sa grande ouverture à l’autre. Il était chaleureux et rebondissait souvent avec des calembours. C’était comme si on se connaissait déjà », a confié au Quotidien l’ami du Baieriverain.

Emmanuel Galland

Bien sûr, Jean-Jules Soucy avait participé à l’exposition. C’était une période faste pour lui, alors que sa notoriété dépassait largement les frontières du Saguenay–Lac-Saint-Jean. L’originalité de ses créations et leur caractère convivial, le fait qu’elles étaient accessibles au-delà du cercle des initiés, généraient un surcroît de curiosité.



« C’était un grand personnage et son art, dans lequel il avait intégré son amour des mots, du dialogue, n’était pas conventionnel. Sa connaissance inouïe de l’histoire de l’art, jumelée à son amour de La Baie, avaient produit ce qui constitue son legs le plus important : la Pyramide des Ha ! Ha !. Jean-Jules était parti du local pour produire une oeuvre dont la portée est universelle », estime Emmanuel Galland.

À la fois humble et grand

Révélé dès 1980, à l’occasion du Symposium international de sculpture environnementale de Chicoutimi, Jean-Jules Soucy est devenu l’un des dix plus grands artistes du Québec contemporain, avance son ami. Or, cet homme foncièrement humble, jamais aussi heureux que lorsqu’il créait dans son appartement du secteur Bagotville, n’était pas du genre à rechercher la lumière.

« Il a été un artiste entreprenant, en ce sens qu’il allait vers les autres avec ses projets, mais ce n’était pas un artiste entrepreneur. Malgré tout, il a fait une belle carrière, dont l’un des moments marquants a été l’attribution de l’Ordre du Bleuet, l’année dernière. Ça lui a fait tellement de bien d’assister à cet événement, de revoir plein de gens qu’il avait perdus de vue », rapporte Emmanuel Galland.



Jean-Jules Soucy a été reçu membre de l'Ordre du Bleuet, à l'occasion du Gala 2021. On le voit ici en compagnie de Régis Guérin, trésorier.

Son amour pour l’homme, autant que son respect pour l’oeuvre, ont convaincu Emmanuel Galland d’entreprendre la rédaction d’un livre consacré à Jean-Jules Soucy. C’est dans cette perspective que de nombreuses séances de travail ont eu lieu dans les dernières années, parallèlement à la mise en place d’un catalogue raisonné sur la Toile.

« Même s’il était très malade, je lui en veux pour son départ, parce que nous n’avions pas fini d’échanger, lance-t-il avec humour. J’avais le désir d’écrire ce livre et de lui remettre un exemplaire, mais je vais aller au bout de cette démarche afin de l’ancrer dans l’histoire de l’art au Québec. Il faut que les moins de 40 ans sachent ce que Jean-Jules a accompli. »