Possibilité forestière : traitement différent au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est la deuxième région forestière la plus affectée par la tordeuse des bourgeons de l’épinette, mais le Forestier en chef a décidé de tenir compte de l’impact de la tordeuse uniquement jusqu’à la fin de 2022.

Le Forestier en chef du Québec a décidé d’adopter des façons différentes pour présenter les calculs préliminaires de possibilité forestière entre les régions du Québec. Ce sont les chiffres pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean qui sont les moins précis pour les volumes de bois ou les superficies de certaines problématiques.


Le Quotidien a comparé les différents documents publiés sur le site du Forestier en chef du Québec en lien avec les présentations faites dans chacune des régions forestières. Pour une raison inconnue, son équipe n’a pas intégré dans ses calculs les impacts précis des ravages de l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette, tout comme les éléments de précision sur les pentes et les bandes riveraines pour les unités du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Des ingénieurs forestiers interrogés par Le Quotidien, qui ont assisté à certaines présentations, estiment que cette façon de faire a un objectif. Ils sont convaincus que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs tente d’amoindrir le choc des calculs de possibilité forestière qui permettra au gouvernement de renouveler les garanties d’approvisionnement pour chaque scierie.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est la deuxième région forestière la plus affectée par la tordeuse des bourgeons de l’épinette, mais le Forestier en chef a décidé de tenir compte de l’impact de la tordeuse uniquement jusqu’à la fin de 2022. Dans d’autres documents, comme pour la présentation du Bas-Saint-Laurent, il écrit qu’en 2033, l’impact de la tordeuse provoquera une baisse de la possibilité forestière de 11 %.

«Effet de la mortalité anticipée jusqu’en 2022 due à l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette en cours», écrit-il dans sa fiche sur l’unité d’aménagement 2371 des monts Valin, où il est assuré que l’épidémie actuelle aura des impacts sur plusieurs années. Dans son dernier bilan, la SOPFIM prévoit que l’épidémie va frapper fort dans ces peuplements où le sapin est en très grande proportion.

Dans les fiches détaillées sur les unités d’aménagement de la région de l’Abitibi, le Forestier en chef présente des volumes spécifiques pour les pertes en sapin. Il publie des calculs jusqu’à dix mètres cubes près de perte sur des volumes dépassant le million de mètres cubes.

«Si le Forestier en chef est en mesure d’avoir des calculs aussi précis sur les sapins en Abitibi, c’est qu’il a fait des calculs semblables pour toutes les régions du Québec, incluant la nôtre et l’unité des monts Valin qui est grandement affectée par la tordeuse. Il aurait facilement pu publier ces informations pour les unités d’aménagement de notre région, mais il a décidé de ne pas le faire. Si vous ne prenez pas connaissance de toutes les présentations, ce sont des détails qui vous échappent. Maintenant, il faut savoir pourquoi le Forestier en chef agit de la sorte», questionne un ingénieur forestier consulté par Le Quotidien qui souhaite garder l’anonymat.

Pour la région de l’Abitibi, le Forestier en chef a décidé de publier tous les chiffres pour toutes les unités d’aménagement. Il identifie les gains et les pertes dans les volumes avec des explications pour chaque problématique.

Les questions sur la présentation des calculs préliminaires de la possibilité forestière pour les unités d’aménagement du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont débuté avec la décision d’intégrer la région des Montagnes blanches dans la forêt sous aménagement. Il s’agit d’un ajout qui a permis au Forestier en chef d’augmenter de 150 000 mètres cubes par année l’unité d’aménagement des Passes-Dangereuses.

Les spécialistes ont compris qu’il s’agit d’un ajout théorique puisque cette région n’est pas accessible. Le territoire est également très accidenté.

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LOUIS PELLETIER SE FAIT RASSURANT SUR LES MÉTHODES UTILISÉES

Le Forestier en chef du Québec, Louis Pelletier, se fait rassurant. Selon lui, les façons différentes de présenter le portrait préliminaire des forêts québécoises entre les régions ne changent en rien la méthodologie utilisée pour réaliser cet exercice qui s’étend sur deux ans ni l’homogénéité des rapports finaux pour chacune des unités d’aménagement.

Accompagné du directeur du calcul de la possibilité forestière Jean Girard, M. Pelletier s’est bien défendu de répondre à une commande politique en présentant un tableau moins détaillé de la forêt régionale. Il a réitéré l’indépendance de l’organisme qu’il dirige et, surtout, les méthodes déployées pour en arriver à établir ce que la forêt québécoise peut supporter.

L’une des différences les plus importantes est celle concernant la tordeuse des bourgeons de l’épinette entre le Saguenay-Lac-Saint-Jan et le Bas-Saint-Laurent. Dans cette région, le Forestier en chef a fait des projections de l’impact de l’épidémie jusqu’en 2033 avec une chute brutale de la possibilité de 11 %. Pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’équipe du forestier en chef a fait des calculs jusqu’en 2022.

«Dans le Bas-Saint-Laurent, la forêt a une forte composition avec 65 % de sapin. On a donc vérifié l’importance de la tordeuse en fonction de cette proportion. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le poids du sapin est de 23 %. C’est important, 23 %, mais ce n’est pas le même impact», a expliqué Louis Pelletier.

Pour la région, les évaluations tiennent compte de l’état d’avancement de l’épidémie de tordeuse établi par la SOPFIM et des plans de récupération projetés par le ministère jusqu’en 2022. Selon Jean Girard, la région a une bonne capacité de récupération avec une présence importante de l’industrie forestière. Par contre, l’évaluation de l’épidémie sur la possibilité est faite avec les mêmes méthodes à la grandeur du Québec.

Le Forestier en chef n’a pas écarté la possibilité de réaliser des analyses additionnelles au cours des prochaines semaines. La situation des monts Valin est spécifique dans la région puisque les peuplements sont composés majoritairement de sapins comme la portion sud de la Réserve faunique des Laurentides qui fait partie de cette unité.

Louis Pelletier affirme que tout ce qui est contenu dans les différents documents présentés dans le cadre du calcul sur la possibilité forestière (qui dure deux années) doit être démontré. Il réitère que le travail des équipes est basé uniquement sur la science ainsi que sur les modalités décrétées par le gouvernement du Québec pour l’utilisation du territoire. C’est pour cette raison que le calcul tient compte du plan caribou 2018. Le Forestier en chef attend l’adoption officielle du prochain plan pour procéder aux ajustements dans le calcul.

La tournée de présentation des calculs préliminaires est un exercice mené sur une base volontaire de la part du Forestier en chef. Ces présentations régionales durent en moyenne 45 minutes et constituent un survol de la situation. Au terme de l’exercice légal, le Forestier en chef dépose des rapports pour chacune des 57 unités d’aménagement du Québec. Dans le présent processus, il a refait le calcul de possibilité complet pour 28 des 57 unités. Selon Louis Pelletier, la tournée préliminaire permet en même temps de consulter le milieu.