Le conflit transporté en Cour

Mes Marie-Claude Pelletier et Geneviève Baillargeon discutent de la stratégie qu'elles entendaient déployer pour convaincre le juge Jacques Babin de ne pas limiter le nombre de piqueteurs devant les concessionnaires automobile en conflit de travail.

La Corporation des concessionnaires automobiles de la région a demandé, hier après-midi, au juge Jacques Babin de la Cour supérieure du district de Chicoutimi d'encadrer les activités de piquetage en limitant à cinq le nombre de lock-outés à l'entrée des garages et en interdisant l'obstruction qui serait pratiquée à certains endroits envers des clients ou fournisseurs.


Pour la première fois depuis le déclenchement du lock-out par 26 des 27 membres de l'association, lundi et mardi dernier, les procureurs des parties ont croisé le fer devant les tribunaux. L'association a tenté d'obtenir en fin d'après-midi, hier, une injonction provisoire pour répondre à la stratégie déployée par la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) qui maintient des lignes de piquetage avec de nombreux lock-outés.

Les procureurs de l'association ont appuyé leur demande d'injonction sur les principes de sécurité pour le public et les piqueteurs, ainsi que les risques de préjudices importants pour les concessionnaires. L'événement qui semble avoir mis le feu aux poudres et justifié la demande d'injonction serait survenu en fin de journée, jeudi, sur le site du garage PACO du boulevard Talbot à Chicoutimi.



«Un piqueteur s'est adressé à un gardien de sécurité et lui a dit que ça allait brasser, que des autobus allaient arriver», a soutenu Sylvain Trudel du cabinet Beauvest Truchon. Il croit que ce genre de paroles entre un piqueteur et un agent de sécurité constitue un signe évident que la tension monte et qu'il y a lieu que le tribunal impose des conditions de piquetage.

Le procureur patronal a ajouté qu'il y avait lieu de craindre que des partisans des lock-outés un peu moins scrupuleux interviennent dans le conflit, causent des dommages aux véhicules ou créent des conditions préjudiciables pour les concessionnaires dont les garages sont toujours ouverts.

Son collègue, Me Maxime Blais, a de son côté présenté au juge Babin des arguments portant sur la sécurité. Il estime que sur le boulevard Talbot, il y a un risque pour un client qui voudrait entrer sur le terrain d'un concessionnaire, alors qu'un piqueteur peut se présenter sur son chemin à tout moment. Les procureurs patronaux ont déposé en preuve des vidéos et des photographies illustrant la présence de nombreux piqueteurs arpentant les entrées des commerces.

Le juge Jacques Babin, dans ses commentaires, a laissé entrevoir qu'il allait effectivement encadrer les règles de piquetage. Il n'a toutefois donné aucun indice sur le nombre de piqueteurs qui pourront se présenter en même temps sur les lignes. Il est également conscient qu'il est difficile d'interdire aux piqueteurs de marcher sur le terrain du concessionnaire puisque dans certains endroits, une telle injonction obligerait les lock-outés à se promener sur des boulevards avec les risques que cela comporte.

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